Extrait (1)

stele46Le Pays gris (projet en cours) dans l’esprit du Slow reading movement (dans le même esprit que le Slow Food Movement), pour le plaisir de lire…

… il n’y a pas de véritable silence ici et on ne s’y sent donc jamais   tout à fait seul. C’est ce que je me disais, tandis que j’emménageais dans le phare, comme si j’étais au milieu d’une phrase ou d’une pensée. Habituellement, lorsque j’abandonne un appartement pour un autre, je suis paralysée par des tas de questions banales et sans réponses concernant la nouvelle habitation, tout en étant envahie d’un drôle de sentiment de défaite. Je suis totalement abattue, tandis que je   tente de   fixer dans ma mémoire le lieu imprégné de ma vie que je vais bientôt rendre à l’anonymat. Je suis momentanément plongée  dans une inquiétude diffuse persistant jusqu’au moment où je saurai  réinventer ma vie dans la nouvelle ville,  le nouveau campus, où j’aurai découvert le café idéal, ou bien le parc dont le plan d’eau me rappelle la mer. Mais c’est seulement lorsque je peux enfin me lever la nuit sans allumer la lumière ni m’écorcher les genoux que je sais   que je suis véritablement chez moi. Jusqu’à ce moment de grâce, où je recommence à ne faire qu’un avec le nouveau lieu, j’ai tendance à être   tourmentée de doutes tout aussi persistants qu’inutiles : l’appartement est trop exigu, trop bruyant,   trop sombre, ou bien j’ai eu tort d’accepter un poste dans une autre ville, ou encore cette promotion ne valait pas la peine que je change toutes mes habitudes.

Je patauge  dans une incertitude d’autant plus déstabilisante que je ne peux plus me réfugier dans les automatismes qui me permettent d’alléger le poids de ma vie quotidienne : les gestes du petit déjeuner, par exemple, que je peux exécuter sans être tout à fait éveillée, ceux du corps qui se rend docilement au travail   en suivant la route apprise par cœur, même tout engourdi. Bref, tout ce que j’ai appris   à faire sans trop y songer pour arriver à gérer la quotidienneté un peu ennuyeuse de la vie,   qui ne retrouve son véritable sens que lorsqu’une nouvelle routine me corsette le quotidien bien serré pour m’empêcher de déraper. C’est ainsi que les choses se passent d’habitude, lorsque j’emménage dans un nouvel appartement.

© Sylvie G 2015

Qui regarde qui

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A la recherche du pukeko idéal,  je marchais dans les sentiers de la réserve des Wetlands, lorsqu’un volatile qui, de loin, ressemblait à un cygne semble  se rapprocher de moi. Cherchant à saisir ce moment, je m’accroupis  avec l’appareil photo en main, dans l’espoir qu’il ne change pas de direction. Il s’approche, s’approche, puis, tout à coup, ce n’est plus moi qui le regarde, mais lui qui m’examine et c’est son regard sur moi que l’appareil saisit, plutôt que l’inverse.

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