Une photo de Janet Frame et de ses cheveux “trop frisés” qui lui ont attiré de nombreuses remarques désobligeantes.
J’ai lu plusieurs livres ces derniers mois : des livres légers ou plus sérieux, dont je n’avais pas particulièrement envie de parler. Ce livre que je viens de terminer : Towards another summer (Vers l’autre été en français*) de Janet Frame, une auteure néo-zélandaise que j’ai découverte peu après mon arrivée en NZ, avec Owls do cry, m’a cependant enthousiasmé Le livre papier,** que j’ai découvert en seconde main (ce qui me permet de le rapporter lorsque j’ai terminé) est un livre qui a été publié après sa mort, en 2009, mais qu’elle a écrit en 1963. Janet Frame fascine autant en raison de son histoire personnelle que de son talent d’écrivaine. Elle a en effet fait plusieurs séjours en hôpital psychiâtrique dans sa jeunesse et, entre autres choses, a fait une tentative de suicide. Elle a ensuite échappé de justesse à une lobotomie, après que la publication d’un livre de ses nouvelles a reçu un prix littéraire en Nouvelle-Zélande. Elle a plus tard publié son autobiographie pour remettre les pendules à l’heure au sujet de sa santé mentale, ce qui n’a empêché personne de spéculer à ce sujet : schizophrénie, autisme, ou autre, mais cela ne m’intéresse pas tellement. Ce que le livre que je viens de lire révèle surtout est un esprit tout aussi singulier que fascinant. Dans ce roman où elle se donne un peu naïvement le nom de Grace, on suit l’héroïne alors qu’elle est dans une sorte d’exil en Grande-Bretagne, après qu’on l’a déclarée folle en Nouvelle-Zélande et qu’on lui a conseillé, pour son propre salut, de vendre des chapeaux.
Grace va passer un weekend dans la famille d’un critique dans le nord de la Grande-Bretagne. Elle prend la décision d’aller passer quelques jours avec eux, alors qu’elle a du mal à poursuivre son projet d’écriture. Le lecteur a ainsi l’occasion de pénétrer dans les pensées d’une femme que je trouve exceptionnelle, qui me semble, même si je n’ai pas eu l’occasion de lire tous ses livres, un récit qui pénètre profondément dans son intimité intellectuelle et émotive. Il y a d’abord son inconfort à vivre dans la société : elle ne sait jamais quoi dire et quand le dire, elle a envie de s’enfuir dans sa chambre plutôt que de passer du temps avec ses hôtes. Elle a peur des enfants du couple, parce qu’ils disent la vérité. Elle n’a rien à dire à la BBC au sujet de ses livres. Il y a aussi sa manière de parler de la Nouvelle-Zélande, de ses souvenirs d’enfance, de sa relation profonde avec les mots, et de son esprit toujours attentif à tout ce qui l’entoure, en bref, quelqu’un qui voit la vie d’une manière particulière tout à fait originale. Au cours de ce weekend qui la fait souffrir et qu’elle finit par écourter, elle révèle la nature de son esprit, de sa vie intérieure et intime***, en démontrant une grande maîtrise du style et de son récit, qui va et vient entre les événements du weekend et ce qui se passe dans la tête de Grace. J’ai moins aimé la métaphore de l’oiseau migrateur, cela étant dit, comme inspiration de la couverture du livre en français, elle est absolument magnifique. À lire par tous ceux qui se sentent mal à l’aise en société.
*Je me suis demandé pourquoi la traduction donnait “l’autre” plutôt qu’ “un autre”. Voulait-elle parler de l’été de l’autre côté du monde ou d’un autre été ? J’aurais cru que la seconde traduction lui aurait davantage ressemblé.
**Le papier est d’une qualité qu’on ne trouve plus en librairie de nos jours. J’aurai un peu de mal à le rapporter. Je devrais utiliser ma liseuse électronique, mais je m’ennuie parfois de la sensation agréable de tenir un livre dans ses mains et d’en tourner les pages.
***C’est peut-être la raison pour laquelle elle a voulu que ce livre soit publié après sa mort.