#4227 What I have read: Janet Frame

photo: Janet Frame and her curly hair, which attracted many unkind remarks.

I have read several books in recent months: light and serious ones, which I did not particularly feel like reviewing here. The book I have just finished, however : Towards Another Summer by Janet Frame, a New Zealand author I discovered shortly after my arrival with Owls Do Cry, thrilled me. The hard copy*, which I found second-hand (allowing me to return it once I have finished), was published posthumously in 2009 but was written in 1963. Janet Frame fascinates as much because of her personal history as her talent as a writer. Indeed, she spent some time in psychiatric hospitals in her youth, among other things, and attempted suicide. She narrowly escaped a lobotomy after a collection of her short stories won a literary prize in New Zealand. She later published her autobiography to set the record straight about her mental health, which did not stop anyone from speculating about it: schizophrenia, autism, or other conditions, but that does not interest me much. What the book I have just read mainly reveals is a mind as unique as it is fascinating. In this novel, where she somewhat naively gives herself the name Grace, we follow the heroine as she is in a kind of exile in Great Britain, after being declared insane in New Zealand and advised, for her own salvation, to sell hats. Grace is going to spend a weekend with a critic’s family in the north of Great Britain. She decides to spend a few days with them, while struggling to continue her writing project. The reader thus has the opportunity to enter the thoughts of a woman whom I find exceptional, detailing her discomfort in social circles: she never knows what to say or when to say it, she wants to flee to her room rather than spend time with her hosts. She is afraid of the couple’s children because they speak the truth. She has nothing to say to the BBC about her books. There is also her way of speaking about New Zealand, her childhood memories, her deep relationship with words, and her mind always attentive to everything around her, in short, someone who sees life in a particularly original way. During this weekend, which causes her pain and which she ultimately shortens, she reveals the nature of her mind, her inner and intimate life**, demonstrating great mastery of style and narrative, which moves back and forth between the weekend’s events and what is happening in Grace’s head. I liked the migratory bird metaphor less, that said, the cover of the book in French is absolutely beautiful.

*I may find difficult to bring this one back. The quality of the paper is outstanding. I should use my e-reader, but sometimes I miss the feeling of holding a book in my hands and turn the pages.

**Perhaps that is why she wanted this book to be published after her death.

#4227 Ce que j’ai lu : Janet Frame

Une photo de Janet Frame et de ses cheveux “trop frisés” qui lui ont attiré de nombreuses remarques désobligeantes.

J’ai lu plusieurs livres ces derniers mois : des livres légers ou plus sérieux, dont je n’avais pas particulièrement envie de parler. Ce livre que je viens de terminer : Towards another summer (Vers l’autre été en français*) de Janet Frame, une auteure néo-zélandaise que j’ai découverte peu après mon arrivée en NZ, avec Owls do cry, m’a cependant enthousiasmé Le livre papier,** que j’ai découvert en seconde main (ce qui me permet de le rapporter lorsque j’ai terminé) est un livre qui a été publié après sa mort, en 2009, mais qu’elle a écrit en 1963. Janet Frame fascine autant en raison de son histoire personnelle que de son talent d’écrivaine. Elle a en effet fait plusieurs séjours en hôpital psychiâtrique dans sa jeunesse et, entre autres choses,  a fait une tentative de suicide. Elle  a ensuite  échappé de justesse  à une lobotomie,  après que la publication d’un livre de ses nouvelles a reçu un prix littéraire en Nouvelle-Zélande. Elle a plus tard publié son autobiographie pour remettre les pendules à l’heure au sujet de sa santé mentale, ce qui n’a empêché personne de spéculer à ce sujet : schizophrénie, autisme, ou autre, mais cela ne m’intéresse pas tellement. Ce que le livre que je viens de lire révèle surtout est  un esprit tout aussi singulier que fascinant. Dans ce roman où elle se donne un peu naïvement le nom de Grace, on suit l’héroïne alors qu’elle est dans une sorte  d’exil en Grande-Bretagne, après qu’on l’a déclarée folle en Nouvelle-Zélande et qu’on lui a conseillé, pour son propre salut, de vendre des chapeaux.

Grace va passer un weekend dans la famille d’un critique dans le nord de la Grande-Bretagne. Elle prend la décision d’aller passer quelques jours avec eux, alors qu’elle a du mal à poursuivre son projet d’écriture. Le lecteur a ainsi l’occasion de pénétrer dans les pensées d’une femme que je trouve exceptionnelle, qui me semble, même si je n’ai pas eu l’occasion de lire tous ses livres, un récit qui pénètre profondément dans son intimité intellectuelle et émotive. Il y a d’abord son inconfort à vivre dans la société : elle ne sait jamais quoi dire et quand le dire, elle a envie de s’enfuir dans sa chambre plutôt que de passer du temps avec ses hôtes. Elle a peur des enfants du couple, parce qu’ils disent la vérité. Elle n’a rien à dire à la BBC au sujet de ses livres. Il y a aussi sa manière de parler de la Nouvelle-Zélande, de ses souvenirs d’enfance, de sa relation profonde avec les mots, et de son esprit toujours attentif à tout ce qui l’entoure, en bref, quelqu’un qui voit la vie d’une manière particulière tout à fait originale. Au cours de ce weekend qui la fait souffrir et qu’elle finit par écourter, elle révèle la nature de son esprit, de sa vie intérieure et intime***, en démontrant une grande maîtrise du style et de son récit, qui va et vient entre les événements du weekend et ce qui se passe dans la tête de Grace. J’ai moins aimé la métaphore de l’oiseau migrateur, cela étant dit, comme inspiration de la couverture du livre en français, elle est absolument magnifique. À lire par tous ceux qui se sentent mal à l’aise en société.

*Je me suis demandé pourquoi la traduction donnait “l’autre” plutôt qu’ “un autre”. Voulait-elle parler de l’été de l’autre côté du monde ou d’un autre été ? J’aurais cru que la seconde traduction lui aurait davantage ressemblé.

**Le papier est d’une qualité qu’on ne trouve plus en librairie de nos jours. J’aurai un peu de mal à le rapporter. Je devrais utiliser ma liseuse électronique, mais je m’ennuie parfois de la sensation agréable de tenir un livre dans ses mains et d’en tourner les pages.

***C’est peut-être la raison pour laquelle elle a voulu que ce livre soit publié après sa mort.

#4226 poetry

photo: one evening, on earth. I combined two of my interests in this poem: the imperfect subjunctive, for which I have a particular affection, even if it is no longer fashionable, since I did my doctoral thesis on the use of this mood (but lost in English, in this particular instance).The second, Jung, whose company enriches my reflections.

We would open the door to dreams.

We would listen to their obscure messages.

and their ideas of grandeur

we would extract a grain of wisdom

from their grandiose staging

from our steps in the shadow that cast a shadow over us

so that the self would become oneself.

#4226 poesie

photo: un soir, sur la terre. J’ai conjugué deux de mes intérêts dans ce poème : le subjonctif imparfait, pour lequel j’ai une affection particulière, même s’il n’est plus à la mode, puisque j’ai fait ma thèse de doctorat sur l’emploi de ce mode. Le second, Jung, dont la compagnie enrichit mes réflexions.

On ouvrirait la porte aux rêves.

On écouterait leurs messages obscurs

et leurs idées de grandeur

on retirerait un grain de sagesse

de leurs mises en scène grandioses

de nos pas dans l’ombre qui nous faisaient de l’ombre

afin que le moi devînt soi.

un apres-midi comme un autre*

photo : un après-midi comme un autre à Tahuna, avec un peu plus de magie

Le héron ébouriffé faisait sécher ses ailes,

Moi, je creusais dans le sable avec mes orteils

Toi, tu mâchonnais une brindille

L’autre, là-bas, cherchait de l’or dans le sable,

Autrement dit, il se nourrissait d’espoir,

Puis il s’est mis à pleuvoir

*d’abord mis en ligne en 2022

My poetic journey through words and image/ Mon journal poetique a travers les mots et les images