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En bonne compagnie

Ronda, Avenida Poeta Rilke, novembre 2019, canon, Sylvie GE

J’ai lu il y a de cela bien longtemps, Les Elégies de Duino du poète Rainer Maria Rilke, considéré par certains comme le poète de langue allemande  le plus important du 20e siècle. Je fus donc surprise de trouver une avenue portant son nom à Ronda et en cherchant la raison sur Internet, j’ai appris que c’est à Ronda qu’il a guéri le blocage dont il souffrait après avoir écrit les deux premières élégies, tandis qu’il traversait une crise existencielle et spirituelle et qu’il  faisait un pèlerinage tourmenté en Espagne à la recherche de l’inspiration qui lui permettrait de terminer ses élégies. C’est à l’hôtel Reina de Victoria, où il pour admirer le Tajo que l’inspiration lui revint. Voilà que je me sens ici un peu plus chez moi ! 

Je comprends que la vue de ce paysage naturel magnifique, où les traces de l’humanité se sont fondues harmonieusement, ait pu débloquer son imagination. La seule chose qui m’intrigue est de savoir comment un « pauvre » poète (tous les poètes sont pauvres, non ?) ait pu se payer un séjour dans un hôtel de luxe. Quant à nous, il nous a fallu nous contenter d’un Airbnb modeste, ce qui ne nous d’ailleurs pas empêché d’adorer l’endroit. Le mélange des cultures, la grandeur naturelle du paysage, en a fait un endroit où règne une atmosphère particulière, qui malheureusement fait aujourd’hui le bonheur des influenceurs.

Abertawe

Abertawe (Swansea), janvier 2019, canon, Sylvie Ge

Il fait bon de passer quelques jours dans une ville qui proclame que l’on a besoin de la poésie. Abertawe (Swansea), le lieu de naissance de Dylan Thomas (oui, lui, encore une fois), dont il a dit qu’elle était  « a pretty ugly town » (un jeu de mots difficile à traduire en français, puisque « pretty » a le sens de « jolie » et de « assez », donc « assez laide » ou « jolie laide »), qui traduit admirablement bien ce que l’on ressent à Abertawe. La ville a été reconstruite en hâte après avoir été rasée pendant la seconde guerre mondiale, et cela se sent un peu partout. On peut tout de même avoir une idée de ce qu’elle a été grâce à quelques bâtiments et la trace indéniable de Dylan Thomas, qui y est né, et référencé un peu partout dans la ville : le Centre Dylan Thomas, le théâtre, les citations, etc., lui confère un charme indéniable, du moins à mes yeux. C’est sans compter la marina, le bord de mer et Mumbles, au début de ce que l’on appelle les Gowers, une série de baies, plus magnifiques les unes que les autres. Et une ville qui ne craint pas d’affirmer que le monde a besoin de poésie me fera toujours sentir la bienvenue.

Impressions de lecture : Virginie Despentes

Vernon Subutex (Virginie Despentes)Je ne lis pas beaucoup depuis plusieurs mois, car je suis en train de terminer Le Pays gris, mon roman sur la langue et l’identité et le temps me manque, mais j’avais envie de revenir sur un livre (en fait deux) de Virginie Despentes, que j’ai lu l’automne dernier.

Virginie Despentes a fait ses débuts d’écrivaine  avec Baise-moi, un livre que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu la version au cinéma, à Christchurch, au Festival du film, il y a de nombreuses années (mais je suis sortie avant la fin). Ce livre raconte l’histoire d’une jeune fille violée par trois hommes et sa vengeance (surtout). Virginie Despentes elle-même a été victime de viol dans sa jeunesse (mais au lieu de se sentir victime, elle a plutôt ressenti de la colère). Elle s’est prostituée pendant quelque temps, fait de la critique de films pornos et s’identifie comme lesbienne et féministe.

Vernon Subutex (attention, il y a des éléments de l’histoire dans cette critique) est sorti en 2015 (traduit en anglais) et fait partie d’une trilogie. J’ai lu le premier tome en anglais (une bonne traduction me semble-t-il)  et le second en français.  Il s’agit de l’histoire d’un disquaire qui  devient SDF  (tome 1) puis guru (plus ou moins, dans le tome 2), ainsi que des gens qui l’entourent. J’ai eu envie de lire le premier tome de Vernon Subutex, parce qu’on en parlait beaucoup et que Virginie Despentes polarise en France.

Dans les critiques françaises qui ont aimé, on souligne  son style (qu’on compare parfois à celui de Balzac) et l’authenticité des voix. Je suis assez d’accord avec ces critiques. J’ai plutôt  aimé la lecture du premier tome. Le rythme est vif et les personnages convaincants (sauf le délire final de Vernon Subutex). J’ai suffisamment aimé pour poursuivre avec la lecture du deuxième tome, où la densité se perd, les personnages sont moins convaincants, l’histoire traîne. L’épisode de la jeune fille qui « tatoue » celui qu’elle croit être responsable de la mort de sa mère ressemble un peu trop à la scène de The Girl with a golden tatoo pour me convaincre. Ceux qui n’ont pas aimé trouvait le fil de l’histoire un peu mince (je suis assez d’accord avec eux, mais là n’était pas la cible de Despentes, je crois) et n’aimaient pas  les personnages  animés par la haine et les luttes de pouvoir (et je suis assez d’accord avec eux également), ce qui est vrai mais correspond sans doute à une certaine humanité, sans doute loin d’être idéale mais peut-être davantage réaliste.  Les critiques de langue anglaise ont aimé  davantage,  peut-être parce  que pour une fois, on leur présente  autre chose que l’intelligentsia parisienne et une  France, qui correspond peut-être davantage à celle qu’ils connaissent . Et c’est peut-etre pour la même raison qu’une certaine intelligentsia parisienne n’a pas aimé le livre de Despentes. Peut-être aussi parce qu’elle y dépeint  des êtres humains plutôt ordinaires, du point de vue du caractère,  qui nous ressemblent peut-être un peu trop. Ce n’est sans doute pas le livre à lire pour ceux qui ont besoin de retrouver confiance dans l’humanité.  Le Irish Times a particulièrement aimé Vernon Subutex 1 et va même jusqu’à affirmer que Despentes  laisse Houellebecq loin derrière elle, ce qui est tout de même quelque chose, étant donné le prestige international de cet auteur.  Quant à moi, le  second tome m’a suffisamment déçue pour ne pas me donner envie de lire le troisième tout de suite, mais j´y reviendrai peut-être un jour ou l´autre.

La Habana, Hemingway et rhum

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La Habana, Cuba, canon, janvier 2018, ©Sylvie G

Je n’ai lu qu’un livre d’Ernest Heminghway, Le Vieil Homme et la Mer, quand j’étais très jeune, mais ce livre m’a marqué. Le style «iceberg» d’Heminghway fait partie de ma quête de simplicité pour écrire de la prose ou de la poésie. Je ne savais pas grand-chose de lui quand j’étais à La Havane, mais je ne pouvais pas manquer la mention de son passage dans de nombreux endroits, y compris l’hôtel Ambos Mundos, où il vécut dans les années trente (il vécut à Cuba pendant une vingtaine d’années)  et j’ai eu envie de  lire un peu plus sur cet auteur tragique: quatre mariages, beaucoup d’alcool, de souffrances physiques et psychologiques, il fait partie d’une famille où le suicide s’est transmis de génération en génération et s’est suicidé à l’âge de soixante et un ans. Mais ce lauréat du prix Nobel a laissé son style en héritage. Je pense à tout cela en passant par l’hôtel, qui est magnifique. Le bar au rez-de-chaussée est accueillant, mais le seul endroit que je n’ai pas aimé du tout à La Habana: non seulement il n’y avait plus de café, thé ou bière locale (qui peut être pardonné), mais c’était aussi le seul endroit où deux musiciens n’étaient pas du tout à la hauteur des standards et pas du tout agréables, à l’opposé de ce que j’ai vécu ailleurs à La Habana. Ensuite, j’ai tenté ma chance au  Floridita, le bar préféré d’Heminghway, mais l’excellente musique était trop forte et il y avait vraiment trop de monde.

Je me retrouvais ainsi  à la fin de mon voyage dans les Caraïbes et je n’avais pas bu  de rhum, qui se trouve  partout dans la région et surtout à très bon marché. Même en Martinique, où l’on trouve le meilleur rhum des Caraïbes (selon le « taximan » et une sommelière italienne rencontrée sur le ferry entre la Martinique et Sainte Lucie), je me contentais de le sentir dans un verre sans vraiment  vouloir y goûter . Mais à La Habana, il semblait approprié de boire un verre de rhum, pourvu  que ce fût le même daiquiri qu’Hemigway. Je tentai donc ma chance dans un bar anonyme où la liste des daiquiris était longue : rhum et  glace, dit le serveur, avec confiance.

Je me suis levée le lendemain (en fait pas vraiment, je suis restée au lit toute la journée) avec un immense mal de tête, mais avec tout de même avec la satisfaction d’avoir  bu le  même daiquiri (le premier et le dernier) qu’Hemingway. Enfin, peut-être.