Archives de catégorie : auteurs

#4207 auteur : John Berryman

photo : insaisissable kerero, Brooks sanctuary

John Berryman est considéré par certains comme le plus grand des poètes américains. Je ne l’ai cependant découvert que récemment, à l’occasion de la publication posthume de Only Sing: 152 Uncollected Dream Songs, considéré comme la continuation de Dream Songs, qui lui a valu le Pulitzer de la poésie en 1964. Il est né en 1914, mort en 1972 d’un suicide. Il a été profondément marqué par la mort de son propre père, qui s’est suicidé lorsque le jeune garçon avait onze ans. Il a souffert de dépression et de dépendance à l’alcool une grande partie de sa vie. Il fait partie de l’école de poésie Confessional (dont Sylvia Plath fait également partie). J’aime beaucoup sa syntaxe, son utilisation originale de la ponctuation, son honnêteté, son absence de fioritures, son côté sarcastique, cynique et ironique, que certains critiques ont qualifié de « lowdown buffoonery » (je ne suis pas certaine de savoir comment traduire cette expression). Il est parfois difficile à suivre (je dois le lire en anglais parce qu’il est peu traduit en français). En dépit du côté très sombre de sa vie, je trouve que sa poésie, même lorsqu’il est morose, est pleine de vie et de la simplicité que je recherche dans l’écriture.

Pour vous donner une idée de son talent, un extrait d’un des rares poèmes que j’ai trouvé de lui en français, Dream Song 14 :

La vie, mes amis, est ennuyeuse.

Nous ne devons pas le dire.

Après tout, le ciel flamboie, la grande mer languit,

Nous-mêmes flamboyons et languissons, et de plus ma mère me disait, enfant,

(à repetition) “Toujours avouer que tu t’ennuies

Signifie que tu n’as pas de ressources intérieures”.

Je conclus maintenant que je n’ai pas de ressources intérieures

Parce que je suis lourdement ennuyé.

Auteur : Carl Jung*

photo : un chardon géant, sur lequel on peut se concentrer pour méditer en compagnie de Carl Jung

Carl Jung

Je ne tenterai pas de présenter Carl Jung, il y a d’excellents sites qui savent le faire de façon détaillée, et je ne suis habituellement pas particulièrement portée vers les citations, mais celle-ci, tirée de The Symbolic Life me semble tellement refléter ce que je cherche dans la poésie, au-delà des mots : une expérience, que je ne peux m’empêcher de la partager. Elle vient de la page Carl Jung, sur facebook, affilié au site : http://www.appliedjung.com

En traduction libre :  » toute réponse sans équivoque, soi-disant « claire », reste toujours gravée dans la tête et pénètre rarement dans le cœur. Ce qu’il faut savoir, ce n’est pas connaître la vérité, mais en faire l’expérience »

#4138 Keri Hulme

Aujourd’hui, un court poème  (pour rester dans l’esprit de ce blog) de Keri Hulme, née en 1947 Christchurch, NZ. Elle est l’autrice du premier roman néo-zélandais pour lequel j’ai eu un coup de foudre immédiat et total, Les Hommes du long nuage blanc, publié en 1984. Elle fut la première Néo-Zélandaise à obtenir le Booker Prize en 1985, et la première à l’obtenir pour un premier roman. Elle a publié plus tard des nouvelles (que je n’ai pas particulièrement aimées, mais ce n’est pas  sa faute, je n’aime pas les nouvelles en général). J’ai eu cependant la chance de trouver au marché du livre d’occasion de cette année, The Silences Between (Moeraki Conversations), publié en 1982, qui m’accompagne  depuis quelque temps. Je laisse le poème dans sa langue originale :

I carry my ghosts on my shoulders/

Though some have never been born/

  • Did I have a silent cousin?/
  • Did I know tears/

In grief, seaweed/

In grief, bleeding/

In grief, obsidian knives

#4068 ce que j’ai lu : Deborah Levy

photo :  aller à la rencontre de la beauté sur la plage de Pohara, 560 habitants.

Deborah Levy. Etat des lieux, publié en anglais en 2021. Le troisième volume de la trilogie de sa biographie en mouvement (ou living autobiography, en anglais ; j’ai parlé du premier ailleurs, mais pas du deuxième parce qu’il n’est pas à la bibliothèque). Elle dresse l’état des lieux de sa vie à l’aube de la soixantaine,  alors que ses filles s’apprêtent à quitter l’appartement londonien. Le titre en anglais met l’accent sur une autre partie du livre : Real estate, car elle y parle aussi de la maison de ses rêves. Elle se demande ce qu’est un foyer, pourquoi, alors qu’elle est une autrice reconnue, traduite en plusieurs langues , elle ne possède toujours pas de maison,  ce qu’elle voudrait y trouver, où elle la voudrait, etcetera, et c’était ce qui m’intriguait dans ce livre, car il s’agit d’un thème rarement abordé.  En fait, il s’agit autant et peut-être même davantage d’une rêverie à voix haute que d’une biographie. Un critique a dit ailleurs que personne, mieux que Levy ne sait parler du quotidien, essentiellement féminin, et qu’à ce titre elle décrit ce que signifie être une femme. Le livre est majoritairement un recueil de ses pensées  sur ses rencontres, des objets qui font partie de sa vie (des chaussures, entre autres), des observations sur des inconnus ou des voisins, ses amis,  certains détails de sa vie quotidienne,  ses souvenirs d’enfance,  sa mère et, ultimement la condition féminine.  Tout réside dans la beaute de son écriture  mentionnée par tous les critiques, mais le titre en anglais me promettait autre chose et j’ai décroché en raison des attentes que j’avais. Le titre en français colle beaucoup mieux à ce qu’elle raconte dans ce livre un peu loin de l’idée de biographie que je me faisais.

J’ai ensuite tenté la lecture d’un de ses romans, August Blue,  mais j’ai  tout de suite pris le thème  en grippe après  et j’ai laissé tomber. Je tenterai peut-être plus tard, The man who saw everything, qui lui a valu d’être mise en nomination pour le Booker. Et j’espère que la bibliothèque fera bientôt venir le second livre de la trilogie, qui m’intéressera peut-être davantage.

#4022 Ce que j’ai lu : Deborah Levy

Mais d’abord quelques livres dont je n’ai pas trouvé de traduction en français

David Lodge : Paradise News (1991), acheté à la foire du livre d’occasion de Nelson de l’an dernier. La quatrième de couverture nous présente le livre  une réflexion sur la notion de paradis, une description qui est assez juste. Je connais l’auteur  pour ses livres sur le monde universitaire et il me fait toujours rire ou sourire. Même dans ce livre qui se passe à des lieues du monde universitaire (Hawaï, en l’occurrence), il réussit à infiltrer un universitaire qui réfléchit au tourisme de masse et à ses maux. J’ai aimé le livre même si la dernière partie se perd un peu.

Isabelle Allende : Violeta (2022), offert LG. Un livre qui examine la vie d’une centenaire, Violeta Del Valle, née en 1920. Elle commence avec la description de la grippe espagnole et l’on se demande vraiment si l’on est en 1920 ou en 2020. Elle guide ensuite le lecteur dans les méandres de l’histoire d’une femme, de ses émotions et de son pays, la richesse, la pauvreté, la perte d’êtres chers et l’amour. J’ai aimé le livre, mais maintenant je ne sais plus si j’ai envie d’en lire d’autres. Pas pour le moment.

John Banville : The lock-up (2023), offert par LG. Ce livre fait partie de la série du détective Benjamin Black, que Banville a d’abord écrit sous un nom de plume, avant de revenir à son propre nom. J’avais lu April in Spain (le précédent, publié en 2021), mais son plus récent est plus réussi à mon avis. Pour les amateurs d’histoires de détective assaisonnées de ce que Banville a de mieux à offrir.

Quant au livre de Deborah Levy, Ce que je ne veux pas savoir, 2018 (emprunté à la bibliothèque de Nelson, maintenant ouverte à 70%!) il s’agit du premier tome d’une trilogie autobiographique de l’auteure originaire d’Afrique du Sud vivant en Grande-Bretagne depuis l’âge de neuf ans. Elle a écrit ce livre pour répondre à la question de savoir pourquoi elle écrit. C’est lors d’un voyage à Mallorca qu’elle se penche sur  la réponse à cette question. Aussitôt arrivée, elle se souvient  de son enfance en Afrique du Sud, de son père emprisonné pendant trois ans parce qu’il appuyait l’ANC ayant forcé la famille à émigrer en Grande-Bretagne à sa sortie de prison, parce qu’il ne pouvait plus y travailler.  Elle parle également de sa jeunesse en Grande-Bretagne.J’ai pris plus de plaisir à sa très belle écriture lorsqu’elle s’éloigne de son histoire proprement dite,  mais le début et la fin sont particulièrement puissants et  j’ai toujours envie de lire les deux livres suivants de la trilogie et peut-être aussi quelques-uns de ses ouvrages de fiction. Une  phrase  m’a profondément émue : « la façon dont nous sommes programmés pour  nous tuer nous-mêmes », beaucoup plus puissante en anglais : « The way we are wired tu kill. Ourselves ».  Son traducteur a peut-être trouvé une formule géniale pour provoquer le même impact en français, quant à moi je n’y suis pas arrivé