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Abertawe

Abertawe (Swansea), janvier 2019, canon, Sylvie Ge

Il fait bon de passer quelques jours dans une ville qui proclame que l’on a besoin de la poésie. Abertawe (Swansea), le lieu de naissance de Dylan Thomas (oui, lui, encore une fois), dont il a dit qu’elle était  « a pretty ugly town » (un jeu de mots difficile à traduire en français, puisque « pretty » a le sens de « jolie » et de « assez », donc « assez laide » ou « jolie laide »), qui traduit admirablement bien ce que l’on ressent à Abertawe. La ville a été reconstruite en hâte après avoir été rasée pendant la seconde guerre mondiale, et cela se sent un peu partout. On peut tout de même avoir une idée de ce qu’elle a été grâce à quelques bâtiments et la trace indéniable de Dylan Thomas, qui y est né, et référencé un peu partout dans la ville : le Centre Dylan Thomas, le théâtre, les citations, etc., lui confère un charme indéniable, du moins à mes yeux. C’est sans compter la marina, le bord de mer et Mumbles, au début de ce que l’on appelle les Gowers, une série de baies, plus magnifiques les unes que les autres. Et une ville qui ne craint pas d’affirmer que le monde a besoin de poésie me fera toujours sentir la bienvenue.

Impressions de lecture : Virginie Despentes

Vernon Subutex (Virginie Despentes)Je ne lis pas beaucoup depuis plusieurs mois, car je suis en train de terminer Le Pays gris, mon roman sur la langue et l’identité et le temps me manque, mais j’avais envie de revenir sur un livre (en fait deux) de Virginie Despentes, que j’ai lu l’automne dernier.

Virginie Despentes a fait ses débuts d’écrivaine  avec Baise-moi, un livre que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu la version au cinéma, à Christchurch, au Festival du film, il y a de nombreuses années (mais je suis sortie avant la fin). Ce livre raconte l’histoire d’une jeune fille violée par trois hommes et sa vengeance (surtout). Virginie Despentes elle-même a été victime de viol dans sa jeunesse (mais au lieu de se sentir victime, elle a plutôt ressenti de la colère). Elle s’est prostituée pendant quelque temps, fait de la critique de films pornos et s’identifie comme lesbienne et féministe.

Vernon Subutex (attention, il y a des éléments de l’histoire dans cette critique) est sorti en 2015 (traduit en anglais) et fait partie d’une trilogie. J’ai lu le premier tome en anglais (une bonne traduction me semble-t-il)  et le second en français.  Il s’agit de l’histoire d’un disquaire qui  devient SDF  (tome 1) puis guru (plus ou moins, dans le tome 2), ainsi que des gens qui l’entourent. J’ai eu envie de lire le premier tome de Vernon Subutex, parce qu’on en parlait beaucoup et que Virginie Despentes polarise en France.

Dans les critiques françaises qui ont aimé, on souligne  son style (qu’on compare parfois à celui de Balzac) et l’authenticité des voix. Je suis assez d’accord avec ces critiques. J’ai plutôt  aimé la lecture du premier tome. Le rythme est vif et les personnages convaincants (sauf le délire final de Vernon Subutex). J’ai suffisamment aimé pour poursuivre avec la lecture du deuxième tome, où la densité se perd, les personnages sont moins convaincants, l’histoire traîne. L’épisode de la jeune fille qui « tatoue » celui qu’elle croit être responsable de la mort de sa mère ressemble un peu trop à la scène de The Girl with a golden tatoo pour me convaincre. Ceux qui n’ont pas aimé trouvait le fil de l’histoire un peu mince (je suis assez d’accord avec eux, mais là n’était pas la cible de Despentes, je crois) et n’aimaient pas  les personnages  animés par la haine et les luttes de pouvoir (et je suis assez d’accord avec eux également), ce qui est vrai mais correspond sans doute à une certaine humanité, sans doute loin d’être idéale mais peut-être davantage réaliste.  Les critiques de langue anglaise ont aimé  davantage,  peut-être parce  que pour une fois, on leur présente  autre chose que l’intelligentsia parisienne et une  France, qui correspond peut-être davantage à celle qu’ils connaissent . Et c’est peut-etre pour la même raison qu’une certaine intelligentsia parisienne n’a pas aimé le livre de Despentes. Peut-être aussi parce qu’elle y dépeint  des êtres humains plutôt ordinaires, du point de vue du caractère,  qui nous ressemblent peut-être un peu trop. Ce n’est sans doute pas le livre à lire pour ceux qui ont besoin de retrouver confiance dans l’humanité.  Le Irish Times a particulièrement aimé Vernon Subutex 1 et va même jusqu’à affirmer que Despentes  laisse Houellebecq loin derrière elle, ce qui est tout de même quelque chose, étant donné le prestige international de cet auteur.  Quant à moi, le  second tome m’a suffisamment déçue pour ne pas me donner envie de lire le troisième tout de suite, mais j´y reviendrai peut-être un jour ou l´autre.

La Habana, Hemingway et rhum

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La Habana, Cuba, canon, janvier 2018, ©Sylvie G

Je n’ai lu qu’un livre d’Ernest Heminghway, Le Vieil Homme et la Mer, quand j’étais très jeune, mais ce livre m’a marqué. Le style «iceberg» d’Heminghway fait partie de ma quête de simplicité pour écrire de la prose ou de la poésie. Je ne savais pas grand-chose de lui quand j’étais à La Havane, mais je ne pouvais pas manquer la mention de son passage dans de nombreux endroits, y compris l’hôtel Ambos Mundos, où il vécut dans les années trente (il vécut à Cuba pendant une vingtaine d’années)  et j’ai eu envie de  lire un peu plus sur cet auteur tragique: quatre mariages, beaucoup d’alcool, de souffrances physiques et psychologiques, il fait partie d’une famille où le suicide s’est transmis de génération en génération et s’est suicidé à l’âge de soixante et un ans. Mais ce lauréat du prix Nobel a laissé son style en héritage. Je pense à tout cela en passant par l’hôtel, qui est magnifique. Le bar au rez-de-chaussée est accueillant, mais le seul endroit que je n’ai pas aimé du tout à La Habana: non seulement il n’y avait plus de café, thé ou bière locale (qui peut être pardonné), mais c’était aussi le seul endroit où deux musiciens n’étaient pas du tout à la hauteur des standards et pas du tout agréables, à l’opposé de ce que j’ai vécu ailleurs à La Habana. Ensuite, j’ai tenté ma chance au  Floridita, le bar préféré d’Heminghway, mais l’excellente musique était trop forte et il y avait vraiment trop de monde.

Je me retrouvais ainsi  à la fin de mon voyage dans les Caraïbes et je n’avais pas bu  de rhum, qui se trouve  partout dans la région et surtout à très bon marché. Même en Martinique, où l’on trouve le meilleur rhum des Caraïbes (selon le « taximan » et une sommelière italienne rencontrée sur le ferry entre la Martinique et Sainte Lucie), je me contentais de le sentir dans un verre sans vraiment  vouloir y goûter . Mais à La Habana, il semblait approprié de boire un verre de rhum, pourvu  que ce fût le même daiquiri qu’Hemigway. Je tentai donc ma chance dans un bar anonyme où la liste des daiquiris était longue : rhum et  glace, dit le serveur, avec confiance.

Je me suis levée le lendemain (en fait pas vraiment, je suis restée au lit toute la journée) avec un immense mal de tête, mais avec tout de même avec la satisfaction d’avoir  bu le  même daiquiri (le premier et le dernier) qu’Hemingway. Enfin, peut-être.

Impressions de lecture en vrac

Irène Nemirovsky : Une Suite française, roman (2004) (charity shop, pour une livre sterling),  dont on a fait un film,  une suite, donc,  de deux romans posthumes (elle en avait planifié cinq)  pour l’auteure française, (Juive-ukrainienne d’origine) sur la vie en France après juin 1940 et  dans une banlieue de Paris dans les premiers mois de l’occupation allemande. Elle est morte  à Auschwitz en 1942.  Il s’agit d’une critique acérée de la société française. La  lecture en vaut le coup pour la  belle analyse des moments de crise révélant la vraie nature humaine, un  thème qui a été repris avec succès dans la série Un Village français.  Le tout est  fâcheusement entrecoupé de descriptions plutôt ennuyeuses de la nature, inspirées en cela (selon The Guardian) par Chekhov et Turgenev. J’ai trouvé l’effet raté, mais évidemment, cela ne concerne que moi.

R. Prynne : Poems (2015), une réédition, revue et augmentée de plusieurs de ses livres précédents (commandé chez mon libraire pour $60NZ). Agé de quatre-vingts ans, Prynne est considéré comme l’un des grands poètes de sa génération en Grande-Bretagne. Mais plutôt discret, il est en fait, peu connu, et l’on sait très peu de choses sur lui. Il ne réclame pas l’anonymat, mais ne se prête pas non plus au jeu de la promotion et c’est peut-être ce qui explique qu’on ne parle pas souvent de lui. Je  trouve un peu difficile de lire de la poésie en anglais. C’est le titre de l’un des livres, dont j’aimais bien l’idée  « Kitchen poems », qui m’a d’abord attiré vers lui. Puis, je me suis mise à lire sa poésie, d’une manière fluide, ce qui est étrange, car on lui reproche souvent d’être hermétique.  Il ouvre de belles voies d’exploration de la poésie. C’est presque sept cents pages de poésie, que je vois plutôt comme une bible, que comme un livre à terminer. De nombreuses heures de plaisir devant moi.

Lionel Shriever : The Mandibles (2015). E-book ($18.75NZ).  Le point de départ est 2029, alors que  la famille de Florence a les moyens de prendre  une seule  douche tiède par semaine. Le président  confisque les bons d’épargne et l’or des citoyens. Mais ce n’est que le début. Tout va de mal en pis à partir de ce moment.  Je trouvais le sujet intéressant : l’argent et l’héritage, le vieillissement de la population, des sujets d’actualité. Mais les personnages ne sont pas convaincants du tout et si Shriever comprend bien son sujet et qu’elle a sans conteste fait beaucoup de recherche sur l’économie, elle n’a pas réussi à la rendre intéressante  à travers des personnages crédibles. Elle régurgite  souvent ses découvertes à travers la voix d’un adolescent de quatorze qui semble avoir  tout compris.  J’ai commencé à décrocher après une cinquantaine de pages. Je suis forcée d’admettre tout de même, que cela a suffi pour me faire réfléchir davantage au concept de frugalité, car je me targue (pas à haute voix, mais tout de même) de vivre frugalement et je me rends compte qu’il s’agit d’une frugalité toute relative. A méditer, donc, sous la douche bien chaude !

 

Fay Weldon : Auto da Fay (2002). E-book, $15NZ (puisque absent de la bibliothèque) L’autobiographie de l’auteure, de son enfance néo-zélandaise pendant la guerre, son retour en Grande-Bretagne, juste après la guerre, ses deux premiers mariages,  jusqu’au moment où elle a publié son premier livre. Elle a eu une vie fort intéressante et bien remplie. J’aime son sens de l’humour, sons sens du drame autour  des nombreux rebondissements de sa vie, la personnalité des personnages de sa famille, le besoin qu’elle ne semble pas avoir de régler ses comptes. En fait, sa vie se lit comme un roman et jette une lumière nouvelle et intéressante sur certains de ses livres.  J’ai hâte de lire la suite.