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#4207 auteur : John Berryman

photo : insaisissable kerero, Brooks sanctuary

John Berryman est considéré par certains comme le plus grand des poètes américains. Je ne l’ai cependant découvert que récemment, à l’occasion de la publication posthume de Only Sing: 152 Uncollected Dream Songs, considéré comme la continuation de Dream Songs, qui lui a valu le Pulitzer de la poésie en 1964. Il est né en 1914, mort en 1972 d’un suicide. Il a été profondément marqué par la mort de son propre père, qui s’est suicidé lorsque le jeune garçon avait onze ans. Il a souffert de dépression et de dépendance à l’alcool une grande partie de sa vie. Il fait partie de l’école de poésie Confessional (dont Sylvia Plath fait également partie). J’aime beaucoup sa syntaxe, son utilisation originale de la ponctuation, son honnêteté, son absence de fioritures, son côté sarcastique, cynique et ironique, que certains critiques ont qualifié de « lowdown buffoonery » (je ne suis pas certaine de savoir comment traduire cette expression). Il est parfois difficile à suivre (je dois le lire en anglais parce qu’il est peu traduit en français). En dépit du côté très sombre de sa vie, je trouve que sa poésie, même lorsqu’il est morose, est pleine de vie et de la simplicité que je recherche dans l’écriture.

Pour vous donner une idée de son talent, un extrait d’un des rares poèmes que j’ai trouvé de lui en français, Dream Song 14 :

La vie, mes amis, est ennuyeuse.

Nous ne devons pas le dire.

Après tout, le ciel flamboie, la grande mer languit,

Nous-mêmes flamboyons et languissons, et de plus ma mère me disait, enfant,

(à repetition) “Toujours avouer que tu t’ennuies

Signifie que tu n’as pas de ressources intérieures”.

Je conclus maintenant que je n’ai pas de ressources intérieures

Parce que je suis lourdement ennuyé.

34089 Ce que j’ai lu : Nathan Hill

photo : Marahau (jardins venteux Sand bar) un cormoran rêveur

Hill, Nathan, Les fantômes du vieux pays, Gallimard,  2017, 720p. Oui, vous avez bien lu, 720 pages !

Traduction française d’un nouveau venu sur la scène littéraire américaine (et mondiale, puisque le livre a été traduit en 30 langues), publié en 2016 en anglais. Encore une fois, je trouve le titre en français plus révélateur que  The Nix, qui renvoie à une légende norvégienne dont on a l’impression qu’elle contient la clef de l’histoire livrée à la toute fin. Il est impossible de résumer un livre de 720 pages en quelques lignes, mais la quatrième de couverture s’y essaie :un candidat à la présidentielle a été agressé en public par une femme d’une soixantaine d’années : Faye Andresen-Anderson. Samuel Anderson, professeur d’anglais, spécialiste de Shakespeare n’est pas au courant de cet événement étalé  sur tous les medias parce qu’il est occupé à jouer en ligne avec le jeu Le Monde d’Elfscape. Or, la femme dont il est question est sa mère, qui l’a abandonné lorsqu’il était enfant. Devenu écrivain prometteur, après la publication d’une nouvelle, qui lui a permis il a obtenu une avance substantielle pour son prochain livre, dont il n’a toujours pas écrit une ligne, même s’il a dépensé l’argent reçu.

Ce point de départ est le prétexte que Hill utilise pour raconter la difficulté de vivre et de grandir aux Etats-Unis surtout, mais pas que, à travers deux générations, la sienne et celle de sa mère,  et jusqu’à un certain point, celle de son grand-père aussi, bien que cet angle est resté en plan. Je peux comprendre parce qu’il aurait sans doute fallu une centaine de  pages de plus  pour traiter ce sujet avec le détail que Hill a montré avec les autres générations et là, vraiment, non, c’aurait été trop. Cela est malgré tout un peu décevant parce que le titre nous donne à penser que tout part de là, puisque le grand-père a quitté la Norvège pour émigrer  aux Etats-Unis, alors qu’en fait, le roman se concentre vraiment sur les deux autres générations.

Ce livre aurait facilement pu m’ennuyer à mort. Le premier chapiter nous emmène dans la tête d’un joueur de jeux videos en ligne et j’étais tentée de dire non merci, je n’ai pas particulièrement envie de savoir ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui se livre à ce genre d’activité. On plonge ensuite dans l’enfance et l’adolescence de Samuel Anderson et encore là, heureusement il change de sujet, alors que je suis sur le point d’abandonner. Il y a une limite à mon envie de savoir ce qui se passe dans la tête de quelqu’un, et comme j’ai déjà plongé récemment dans le livre de Jon Fosse et celui de Gerlad Munrane, je ne pouvais pas trop en ajouter. J’ai tout de même réussi à passer au travers de ces moments un peu trop détaillés à mon goût  parce qu’il écrit vraiment très très bien et qu’il a le sens de l’humour. Ce qui m’a poussé à continuer, cependant, est le chapitre où Samuel Anderson fait venir une étudiante dans son bureau pour lui dire qu’elle a triché et que son devoir sera un échec. L’étudiante ne le voit pas de cette façon et elle finira par avoir gain de cause, mais le lecteur a le plaisir de voir comment on peut arriver à ce résultat et obtenir de surplus de faire virer le prof. Evidemment, cela m’a bien fait rire parce que cela me rappelait ma vie universitaire, que je ne voudrais plus maintenant reprendre sous aucun prétexte. Sinon, le livre va dans tous les sens : histoire politique, influence des medias, addiction, enfance malheureuse, vie militaire et j’en passe.  Or, même si le livre est très très bien écrit et souvent amusant,  il me semble encore une fois (ce n’est pas la première fois que je le dis) que le livre aurait eu intérêt à subir des coupures. Ou alors, si j’avais été l’éditeur de Hill, je lui aurais suggéré de couper certains passages inutilement détaillés  pour permettre de mieux développer l’histoire du grand-père, qui m’a vraiment laissée sur ma faim.

Il reste que ce livre m’a fait rire et m’a émue et que j’ai toujours  envie de lire son second livre qui arrivera bientôt, je l’espère, à la bibliothèque (et j’espère que je ne suis pas trop loin sur la liste d’attente). En attendant, je me sens incapable de retourner à Gerald Murnane, qui nous emmène dans la tête d’un adolescent catholique en Australie (il faut que je me repose un peu).