Archives de catégorie : Impression de lecture

Ce que j’ai lu (Crime et chatiment)

Crime et châtiment de Fyodor Dostoyevsky (son livre le plus connu). Un livre qui va bien avec les courtes journées d’hiver aux antipodes (434 pages de très petits caractères, obtenu au marché du livre d’occasion annuel de Nelson). Le titre Voyage au bout de la conscience, de la culpabilité et des remords lui irait également très bien. L’histoire tourne autour du personnage principal, Rodion Romanovitch Raskolnikoff, un étudiant qui assassine froidement la prêteuse sur gages avec qui il a fait affaire, mais est pétri de remords aussitôt son geste posé. Le reste du livre constitue une introspection hors pair de l’esprit humain qui n’a pas pris une ride depuis sa publication en 1866. Après un certain nombre de pages, j’ai eu l’impression qu’il avait fait le tour de la question et me demandais ce qui allait suivre,  et c’est cela qui m’a beaucoup impressionné, il utilise un détail ou personnage apparemment mineur qu’il a introduit précédemment pour reprendre sa réflexion et continuer l’examen sous tous les angles de  la culpabilité, des remords et de  la conscience dans la Russie du XIXe siècle. Si les profondeurs de l’âme humaine semblent universelles, certains aspects du comportement des personnages m’ont  en revanche semblé, bien différent, notamment le sens de l’honneur ou  la manière d’interagir et de se jauger (ou juger)  les uns les autres, qui  trahissent le siècle et le pays de l’auteur. Un très bon choix de lecture pour qui a envie de lire un classique, mais à éviter si l’on a envie de quelque chose de léger. J’ai d’ailleurs mis plusieurs semaines à le lire, en raison de la lourdeur des propos (et aussi parce que je lis moins vite en anglais).

Impessions de lecture

Ce que j’ai  découvert cette année est que l’impression que j’ai en lisant quelques paragraphes d’un livre varie grandement selon mon état d’esprit. Je croyais jusqu’à récemment  que la variation dans mes  réactions (souvent d’abord négatives, puis positives) venait de l’évolution de mes goûts littéraires (qui se raffinaient avec le temps), croyais-je, mais je me suis rendu compte  qu’il s’agit tout simplement de mon état d’esprit au moment où je lis quelques paragraphes d’un auteur que je connais peu ou pas (banal).

Toni Morrison. The bluest eyes (Les yeux bleus).  L’histoire d’une petite fille noire qui rêve d’avoir les yeux bleus, mais aussi l’histoire de toute une communauté. Publié en 1970, le premier roman de Morrison est un chef-d’œuvre, qui n’a pas pris une seule ride. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier roman, qu’elle maîtrise du début à la fin. A noter, le documentaire sur Netflix, sur l’autrice également récipiendaire du prix Nobel de littérature en 1993.

Anne Enright. The Actress (toujours pas publié en français je crois). Publié en 2020, le dernier livre de l’autrice irlandaise ne m’a pas apporté autant de joie que The Gathering et The Green Road (qui ne semblent pas avoir été traduits en français), gagnant du Man Booker. Dans son plus récent livre, elle raconte l’histoire de la fille d’une actrice qui revient sur la vie de sa mère et réfléchit à ce qu’elle a signifié pour elle. Elle écrit toujours aussi bien dans un livre qui contient des moments forts,  mais j’ai eu du mal à m’intéresser à ce sujet. Je trouve habituellement le contexte culturel irlandais très intéressant et, comme de nombreux auteurs irlandais, Enright maîtrise la plume, mais je préfère lorsqu’elle se plonge dans les histoires familiales, où elle semble trouver la profondeur de sa voix.

Hilary Mantel. The Mirror and the Light (pas encore traduit en français je crois). Troisième volet de la trilogie autour de la vie de Thomas Cromwell, publié en 2020 je croyais que ce livre qui m’a impressionnée davantage que les deux premiers serait non seulement  en lice pour le Booker de cette année, mais gagnerait pour la troisième  fois (ce qui aurait été du jamais vu). Cela ne s’est cependant pas matérialisé. J’ai lu ce troisième volet près avoir lu Giving up the ghost, publié en 2003, l’autobiographie de Mantel. Est-ce la raison pour laquelle  j’ai eu l’impression, en lisant son plus récent livre, d’avoir affaire à une medium, plutôt qu’à une écrivaine. On a vraiment l’impression d’être transporté dans la tête de Thomas Cromwell, et c’est là son plus grand talent. Je ne sais pas si elle maîtrise davantage son écriture et son personnage dans le troisième volet, ou si je l’apprécie davantage après avoir lu sa biographie. Quoi qu’il en soit, un travail de maître encore une fois. C’est cependant son écriture qui m’a fascinée cette fois-ci, plutôt que le personnage. Je dois d’ailleurs avouer qu’il y avait un peu trop de torture vers la fin, mais cela n’a en rien gâché mon plaisir.

Ian McEwan. Solar (pas encore traduit en français je crois). Il s’agit du second ou du troisième livre de McEwan que je lis, celui dont je me souviens est Atonement (Expiation, en français), devenu un film mettant en vedette Keira Knightley et James McAvoy (pas aussi bon que le livre) et Amsterdam (dont je me souviens vaguement). Selon The Guardian, McEwan se spécialise dans les personnages unidimensionnels, souvent des  scientifiques. Dans ce livre publié en 2010, l’auteur britannique se met dans la peau d’un homme qui a obtenu le Prix Nobel de physique à un jeune âge, ce qui lui sert de prétexte pour ne faire à peu près rien du reste de sa vie, sinon de courir les jupons, boire et manger. Il semble prendre plaisir à dépeindre une personnalité abjecte et grotesque, à décrire ses préoccupations de croustilles et d’alcool, bref, ce livre ne m’a pas particulièrement intéressé, bien que McEwan y démontre de façon convaincante  sa compréhension de la physique. Heureusement que j’ai acheté ce livre à la foire du livre d’occasion !

Impressions de lecture : Virginie Despentes

Vernon Subutex (Virginie Despentes)Je ne lis pas beaucoup depuis plusieurs mois, car je suis en train de terminer Le Pays gris, mon roman sur la langue et l’identité et le temps me manque, mais j’avais envie de revenir sur un livre (en fait deux) de Virginie Despentes, que j’ai lu l’automne dernier.

Virginie Despentes a fait ses débuts d’écrivaine  avec Baise-moi, un livre que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu la version au cinéma, à Christchurch, au Festival du film, il y a de nombreuses années (mais je suis sortie avant la fin). Ce livre raconte l’histoire d’une jeune fille violée par trois hommes et sa vengeance (surtout). Virginie Despentes elle-même a été victime de viol dans sa jeunesse (mais au lieu de se sentir victime, elle a plutôt ressenti de la colère). Elle s’est prostituée pendant quelque temps, fait de la critique de films pornos et s’identifie comme lesbienne et féministe.

Vernon Subutex (attention, il y a des éléments de l’histoire dans cette critique) est sorti en 2015 (traduit en anglais) et fait partie d’une trilogie. J’ai lu le premier tome en anglais (une bonne traduction me semble-t-il)  et le second en français.  Il s’agit de l’histoire d’un disquaire qui  devient SDF  (tome 1) puis guru (plus ou moins, dans le tome 2), ainsi que des gens qui l’entourent. J’ai eu envie de lire le premier tome de Vernon Subutex, parce qu’on en parlait beaucoup et que Virginie Despentes polarise en France.

Dans les critiques françaises qui ont aimé, on souligne  son style (qu’on compare parfois à celui de Balzac) et l’authenticité des voix. Je suis assez d’accord avec ces critiques. J’ai plutôt  aimé la lecture du premier tome. Le rythme est vif et les personnages convaincants (sauf le délire final de Vernon Subutex). J’ai suffisamment aimé pour poursuivre avec la lecture du deuxième tome, où la densité se perd, les personnages sont moins convaincants, l’histoire traîne. L’épisode de la jeune fille qui « tatoue » celui qu’elle croit être responsable de la mort de sa mère ressemble un peu trop à la scène de The Girl with a golden tatoo pour me convaincre. Ceux qui n’ont pas aimé trouvait le fil de l’histoire un peu mince (je suis assez d’accord avec eux, mais là n’était pas la cible de Despentes, je crois) et n’aimaient pas  les personnages  animés par la haine et les luttes de pouvoir (et je suis assez d’accord avec eux également), ce qui est vrai mais correspond sans doute à une certaine humanité, sans doute loin d’être idéale mais peut-être davantage réaliste.  Les critiques de langue anglaise ont aimé  davantage,  peut-être parce  que pour une fois, on leur présente  autre chose que l’intelligentsia parisienne et une  France, qui correspond peut-être davantage à celle qu’ils connaissent . Et c’est peut-etre pour la même raison qu’une certaine intelligentsia parisienne n’a pas aimé le livre de Despentes. Peut-être aussi parce qu’elle y dépeint  des êtres humains plutôt ordinaires, du point de vue du caractère,  qui nous ressemblent peut-être un peu trop. Ce n’est sans doute pas le livre à lire pour ceux qui ont besoin de retrouver confiance dans l’humanité.  Le Irish Times a particulièrement aimé Vernon Subutex 1 et va même jusqu’à affirmer que Despentes  laisse Houellebecq loin derrière elle, ce qui est tout de même quelque chose, étant donné le prestige international de cet auteur.  Quant à moi, le  second tome m’a suffisamment déçue pour ne pas me donner envie de lire le troisième tout de suite, mais j´y reviendrai peut-être un jour ou l´autre.