Archives de catégorie : Impression de lecture

#4068 ce que j’ai lu : Deborah Levy

photo :  aller à la rencontre de la beauté sur la plage de Pohara, 560 habitants.

Deborah Levy. Etat des lieux, publié en anglais en 2021. Le troisième volume de la trilogie de sa biographie en mouvement (ou living autobiography, en anglais ; j’ai parlé du premier ailleurs, mais pas du deuxième parce qu’il n’est pas à la bibliothèque). Elle dresse l’état des lieux de sa vie à l’aube de la soixantaine,  alors que ses filles s’apprêtent à quitter l’appartement londonien. Le titre en anglais met l’accent sur une autre partie du livre : Real estate, car elle y parle aussi de la maison de ses rêves. Elle se demande ce qu’est un foyer, pourquoi, alors qu’elle est une autrice reconnue, traduite en plusieurs langues , elle ne possède toujours pas de maison,  ce qu’elle voudrait y trouver, où elle la voudrait, etcetera, et c’était ce qui m’intriguait dans ce livre, car il s’agit d’un thème rarement abordé.  En fait, il s’agit autant et peut-être même davantage d’une rêverie à voix haute que d’une biographie. Un critique a dit ailleurs que personne, mieux que Levy ne sait parler du quotidien, essentiellement féminin, et qu’à ce titre elle décrit ce que signifie être une femme. Le livre est majoritairement un recueil de ses pensées  sur ses rencontres, des objets qui font partie de sa vie (des chaussures, entre autres), des observations sur des inconnus ou des voisins, ses amis,  certains détails de sa vie quotidienne,  ses souvenirs d’enfance,  sa mère et, ultimement la condition féminine.  Tout réside dans la beaute de son écriture  mentionnée par tous les critiques, mais le titre en anglais me promettait autre chose et j’ai décroché en raison des attentes que j’avais. Le titre en français colle beaucoup mieux à ce qu’elle raconte dans ce livre un peu loin de l’idée de biographie que je me faisais.

J’ai ensuite tenté la lecture d’un de ses romans, August Blue,  mais j’ai  tout de suite pris le thème  en grippe après  et j’ai laissé tomber. Je tenterai peut-être plus tard, The man who saw everything, qui lui a valu d’être mise en nomination pour le Booker. Et j’espère que la bibliothèque fera bientôt venir le second livre de la trilogie, qui m’intéressera peut-être davantage.

#4061 Ce que j’ai lu : Eleanor Catton

Je me suis finalement laissée tenter par le plus récent livre d’Eleanor Catton, « Birnam Wood », publié en 2023, une dizaine d’années après Les Luminaires qui lui a valu le « Booker » pour un livre de plus de huit cents pages, que je n’avais pas beaucoup aimé. Je l’ai tout de même lu jusqu’à la fin, en me forçant à lire une dizaine de pages avant de m’endormir et encore aujourd’hui, c’est un mauvais souvenir. J’ai donc hésité avant de me lancer dans cette lecture, mais le fait qu’il n’y avait cette fois que quatre cents et quelques pages m’a aidée à sauter le pas, d’autant plus que le sujet m’attirait. Il s’agit cette fois d’un thriller psychologique ou politique qui attire l’attention sur les impasses de la politique aujourd’hui.

En scène on trouve Birnam Wood un   collectif activiste  basé à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Sa fondatrice, Mira Bunting, rêve d’un changement social radical, généralisé et durable  ; pour y arriver les membres de Birnam Wood se livrent à une sorte de guérilla de jardinage, en récupérant des terres publiques et privées inutilisées pour les cultiver.  L’autre personnage du roman, Robert Lemoine, est milliardaire et Américain. Il est officiellement venu en Nouvelle-Zélande pour se construire un bunker en prévision d’un événement catastrophique. En réalité il creuse la terre néo-zélandaise pour en extraire des milliards de dollars de terres rares dans un parc national.

Les deux se rencontrent et bientôt, Mira croit pouvoir utiliser l’argent et les terres de Robert Lemoine pour mener à bien sa mission, tandis que Robert Lemoine veut utiliser Birnam Wood pour camoufler ses opérations. On croisera en outre Tony Gallo, un jeune journaliste idéaliste, ainsi qu’un homme d’affaires néo-zélandais récemment anobli, Sir Owen Darvish, et son épouse.

La première moitié du roman, met tous les éléments de l’histoire en place et c’est d’ailleurs la partie que j’ai préférée. Catton y déploie un sens de l’humour léger que je n’avais pas senti dans le livre précédent. Il me semble qu’elle y règle également ses comptes, jusqu’à un certain point,  avec la Nouvelle-Zélande, où elle a été critiquée abondamment après la parution des Luminaires, entre autres choses, parce qu’elle ne se gênait pas pour critiquer la Nouvelle-Zélande. Le premier ministre de l’époque n’avait pas particulièrement apprécié et la querelle s’est envenimée au point où son père (prof à l’Université de Canterbury où je travaillais à l’époque) avait senti le besoin de demander publiquement que l’on cesse de harceler sa fille (en ce qui me concerne, c’est plutôt l’intervention du papa que j’ai trouvée inutile). Elle  se moque notamment des honneurs de plus en plus ridicules que l’on décerne à tort et à travers à un peu n’importe qui. Ils avaient disparu pendant un moment, mais  le premier ministre ci-haut mentionné les a rétablis afin de pouvoir devenir lui-même un Sir !   Depuis, on récompense un peu n’importe qui pour un peu n’importe quoi et c’est devenu un blague, je suis bien d’accord avec elle. D’autres  critiques  de la Nouvelle-Zélande me semblent cependant parfois injustes lorsqu’elle affirme que certains comportements sont typiquement néo-zélandais alors qu’en fait il s’agit de mesquinerie ou de jalousie  typiquement humaine. Si l’on excepte les Etats-Unis (mais ai-je raison?), où devenir riche est vu comme qqe chose de positif, les milliardaires n’ont plus particulièrement la cote, dans bon nombre de pays.

J’ai trouvé la seconde partie moins intéressante, elle semble retomber dans les manies qui m’avaient agacée dans le livre précédent avec des descriptions inutiles. Cela étant dit, c’est une réflexions que je me fais presque à chaque fois que je lis un livre récent, où je trouve  de longs passages inutiles que j’aurais  éliminés (fait-on cela pour en donner plus pour son argent au lecteur ?).  J’ai plus particulièrement apprécié qu’elle se moque gentiment des activistes et des milliardaires avec une certaine légèreté. Elle soulève en outre des questions essentielles sur le type de monde que nous sommes en train de construire (ou de subir). J’ai trouvé la fin décevante, mais cela est  également assez souvent le cas depuis un bon moment pour la plupart des livres que je lis (ou des séries télé que je regarde).

Le livre sera sans doute traduit  bientôt en français, mais pour ceux qui lisent un peu l’anglais, il se lit assez bien. Je l’ai lu en une semaine lorsque j’étais à Pohara.

#4022 Ce que j’ai lu : Deborah Levy

Mais d’abord quelques livres dont je n’ai pas trouvé de traduction en français

David Lodge : Paradise News (1991), acheté à la foire du livre d’occasion de Nelson de l’an dernier. La quatrième de couverture nous présente le livre  une réflexion sur la notion de paradis, une description qui est assez juste. Je connais l’auteur  pour ses livres sur le monde universitaire et il me fait toujours rire ou sourire. Même dans ce livre qui se passe à des lieues du monde universitaire (Hawaï, en l’occurrence), il réussit à infiltrer un universitaire qui réfléchit au tourisme de masse et à ses maux. J’ai aimé le livre même si la dernière partie se perd un peu.

Isabelle Allende : Violeta (2022), offert LG. Un livre qui examine la vie d’une centenaire, Violeta Del Valle, née en 1920. Elle commence avec la description de la grippe espagnole et l’on se demande vraiment si l’on est en 1920 ou en 2020. Elle guide ensuite le lecteur dans les méandres de l’histoire d’une femme, de ses émotions et de son pays, la richesse, la pauvreté, la perte d’êtres chers et l’amour. J’ai aimé le livre, mais maintenant je ne sais plus si j’ai envie d’en lire d’autres. Pas pour le moment.

John Banville : The lock-up (2023), offert par LG. Ce livre fait partie de la série du détective Benjamin Black, que Banville a d’abord écrit sous un nom de plume, avant de revenir à son propre nom. J’avais lu April in Spain (le précédent, publié en 2021), mais son plus récent est plus réussi à mon avis. Pour les amateurs d’histoires de détective assaisonnées de ce que Banville a de mieux à offrir.

Quant au livre de Deborah Levy, Ce que je ne veux pas savoir, 2018 (emprunté à la bibliothèque de Nelson, maintenant ouverte à 70%!) il s’agit du premier tome d’une trilogie autobiographique de l’auteure originaire d’Afrique du Sud vivant en Grande-Bretagne depuis l’âge de neuf ans. Elle a écrit ce livre pour répondre à la question de savoir pourquoi elle écrit. C’est lors d’un voyage à Mallorca qu’elle se penche sur  la réponse à cette question. Aussitôt arrivée, elle se souvient  de son enfance en Afrique du Sud, de son père emprisonné pendant trois ans parce qu’il appuyait l’ANC ayant forcé la famille à émigrer en Grande-Bretagne à sa sortie de prison, parce qu’il ne pouvait plus y travailler.  Elle parle également de sa jeunesse en Grande-Bretagne.J’ai pris plus de plaisir à sa très belle écriture lorsqu’elle s’éloigne de son histoire proprement dite,  mais le début et la fin sont particulièrement puissants et  j’ai toujours envie de lire les deux livres suivants de la trilogie et peut-être aussi quelques-uns de ses ouvrages de fiction. Une  phrase  m’a profondément émue : « la façon dont nous sommes programmés pour  nous tuer nous-mêmes », beaucoup plus puissante en anglais : « The way we are wired tu kill. Ourselves ».  Son traducteur a peut-être trouvé une formule géniale pour provoquer le même impact en français, quant à moi je n’y suis pas arrivé

#3050 ce que j’ai lu (Ernest Hemingway)

photo : Santa Teresa Gallura

Ernest Hemingway. Pour qui sonne le glas (1940). Il existe déjà beaucoup de  critiques savantes sur ce livre d’Hemingway, considéré par certains, comme le meilleur, fortement inspiré de son travail de journaliste pendant la guerre civile espagnole, dont il recrée l’atmosphère avec beaucoup de conviction. Je me contenterai de partager mes impressions sur Robert Jordan,  professeur d’université américain, engagé dans les Brigades internationales, qui a pour mission de faire sauter un pont. On le suit pendant trois jours, alors qu’il se joint à un groupe de partisans antifascistes pour préparer son offensive, tombe amoureux de Maria et ne survit pas à l’attaque.

J’ai mis beaucoup de temps à finir ce livre, dont je n’arrivais à lire que quelques pages à la fois, probablement en raison de sa densité.  J’étais curieuse du style dit « iceberg » d’Hemingway, voulant que l’auteur ne mentionne qu’une petite partie de la vie de ses personnages, qu’il doit cependant, toujours selon Hemingway, connaître à fond. Des conseils d’Hemingway, je retiens que la qualité d’un livre vient de la capacité de son auteur à en couper de longs passages, ce qu’il n’a pas hésité à faire et ce, me semble-t-il avec succès. J’ai l’impression de connaître Robert Jordan, Maria et les autres, même si l’auteur ne nous présente que certains aspects des personnages. Je ne me suis pas demandé, comme cela m’est arrivé assez souvent dans mes lectures récentes,  pourquoi l’éditeur n’avait pas suggéré de couper certains passages (doit-on aujourd’hui avoir assez de pages pour son argent ? C’est ce que je me demande). J’y ai malgré tout trouvé beaucoup d’humanité, d’amour, de souffrance, de douleur, de violence, des réflexions sur la valeur de la vie et de la mort,  des questions profondes qui m’ont beaucoup touchée.  Evidemment, il y aura sûrement quelqu’un, quelque part,  qui trouvera, tôt ou tard, que ce livre est trop ceci ou pas assez cela, qu’il ne reflète pas notre époque, parce que les mots ou l’histoire ne conviennent plus à notre manière de penser, ce à quoi je répondrai que là repose l’intérêt du livre, car il nous permet de faire le portrait d’une époque, à laquelle on peut se comparer pour mesurer le chemin parcouru, l’évolution des valeurs et quoi encore.  Les mots, les histoires qui ont été écrites à une époque, reflètent la mentalité de l’époque et c’est tout. Il n’y a rien à ajouter ou à retirer et changer une histoire pour plaire au lectorat d’aujourd’hui, ainsi que certains éditeurs l’ont fait récemment, me semble inacceptable.

Ce que j’ai lu en vrac, Ishiguro, de Vigan, Mazzeo

Ce que j’ai lu en vrac, Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature (2017)  ainsi que du Booker (1989) pour Les vestiges du jour, que j’ai lu il y a quelques années et qui m’avait beaucoup impressionné. Lorsque j’ai vu Nocturnes (2011), au marché du livre d’occasion de Nelson, je me suis dit que j’aimerais peut-etre, même s’il s’agissait de cinq nouvelles, un genre que je n’apprécie habituellement pas beaucoup. Et ce qui m’avait emballé dans Les Vestiges du jour, la subtilité du propos, la délicatesse de l’écriture, m’a terriblement ennuyé dans ses nouvelles ayant pour thème commun la musique, une sorte de subtilité d’écriture sans profondeur, mais c’est peut-être tout simplement que je n’aime pas les nouvelles. Le critique du Sunday Times a en fait bien résumé ma pensée :

« Closing the book, it’s hard to recall much more than an atmosphere or an air; a few bars of music, half-heard, technically accomplished, quickly forgotten.

Peut-être que c’est ce qu’il a aimé du livre, alors que moi, c’est ce qui m’a ennuyée.

Delphine de Vigan. Rien ne s’oppose à la nuit (2011). Je suis  en retard sur les nouveautés, mais il coûte trop cher de faire venir des livres en français en Nouvelle-Zélande et je ne peux non plus me fier à Kindle ou à d’autres plateformes électroniques, qui ne permettent pas d’acheter des livres venant d’autres pays (je ne comprends pas du tout pourquoi). Je suis assez contente malgré tout d’avoir trouvé cinq ou six livres en français au marché du livres d’occasion de Nelson, dont celui-ci, d’une autrice dont j’avais déjà lu D’après une histoire vraie (2017), une sorte d’autofiction dont j’avais parlé dans le blog. Dans Rien ne s’oppose à la nuit, elle se penche sur la vie de sa mère, qui a souffert de maladie mentale, du silence de la famille, de son effet sur elle-meme et sa sœur, d’une manière authentique, où l’on sent toujours la tendresse. Beaucoup de questions, quelques réponses, bref, elle revisite d’une manière originale, le sujet sans fond du passé, de la famille, des origines et de la fiabilité de la mémoire.

The Hotel on Place Vendôme, de Mazzeo Tilar J. (2014). En gros, il s’agit plus ou moins de l’histoire  du Ritz, depuis la fin du dix-neuvième siècle, mais surtout de ses clients célèbres,  dont Proust, Hemingway, Coco Chanel, Marlene Dietrich, Ingmar Bergman, le duc et la duchesse de Windsor, Arletty, mais c’est également l’histoire de l’occupation allemande, des journalistes de guerre et de bien d’autres choses. L’autrice connaît bien son sujet et le contexte historique entourant des événements particuliers bien documentés. Une façon légère de comprendre l’histoire, un peu dommage que ce livre ne soit pas traduit en français.