Je me suis finalement laissée tenter par le plus récent livre d’Eleanor Catton, « Birnam Wood », publié en 2023, une dizaine d’années après Les Luminaires qui lui a valu le « Booker » pour un livre de plus de huit cents pages, que je n’avais pas beaucoup aimé. Je l’ai tout de même lu jusqu’à la fin, en me forçant à lire une dizaine de pages avant de m’endormir et encore aujourd’hui, c’est un mauvais souvenir. J’ai donc hésité avant de me lancer dans cette lecture, mais le fait qu’il n’y avait cette fois que quatre cents et quelques pages m’a aidée à sauter le pas, d’autant plus que le sujet m’attirait. Il s’agit cette fois d’un thriller psychologique ou politique qui attire l’attention sur les impasses de la politique aujourd’hui.
En scène on trouve Birnam Wood un collectif activiste basé à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Sa fondatrice, Mira Bunting, rêve d’un changement social radical, généralisé et durable ; pour y arriver les membres de Birnam Wood se livrent à une sorte de guérilla de jardinage, en récupérant des terres publiques et privées inutilisées pour les cultiver. L’autre personnage du roman, Robert Lemoine, est milliardaire et Américain. Il est officiellement venu en Nouvelle-Zélande pour se construire un bunker en prévision d’un événement catastrophique. En réalité il creuse la terre néo-zélandaise pour en extraire des milliards de dollars de terres rares dans un parc national.
Les deux se rencontrent et bientôt, Mira croit pouvoir utiliser l’argent et les terres de Robert Lemoine pour mener à bien sa mission, tandis que Robert Lemoine veut utiliser Birnam Wood pour camoufler ses opérations. On croisera en outre Tony Gallo, un jeune journaliste idéaliste, ainsi qu’un homme d’affaires néo-zélandais récemment anobli, Sir Owen Darvish, et son épouse.
La première moitié du roman, met tous les éléments de l’histoire en place et c’est d’ailleurs la partie que j’ai préférée. Catton y déploie un sens de l’humour léger que je n’avais pas senti dans le livre précédent. Il me semble qu’elle y règle également ses comptes, jusqu’à un certain point, avec la Nouvelle-Zélande, où elle a été critiquée abondamment après la parution des Luminaires, entre autres choses, parce qu’elle ne se gênait pas pour critiquer la Nouvelle-Zélande. Le premier ministre de l’époque n’avait pas particulièrement apprécié et la querelle s’est envenimée au point où son père (prof à l’Université de Canterbury où je travaillais à l’époque) avait senti le besoin de demander publiquement que l’on cesse de harceler sa fille (en ce qui me concerne, c’est plutôt l’intervention du papa que j’ai trouvée inutile). Elle se moque notamment des honneurs de plus en plus ridicules que l’on décerne à tort et à travers à un peu n’importe qui. Ils avaient disparu pendant un moment, mais le premier ministre ci-haut mentionné les a rétablis afin de pouvoir devenir lui-même un Sir ! Depuis, on récompense un peu n’importe qui pour un peu n’importe quoi et c’est devenu un blague, je suis bien d’accord avec elle. D’autres critiques de la Nouvelle-Zélande me semblent cependant parfois injustes lorsqu’elle affirme que certains comportements sont typiquement néo-zélandais alors qu’en fait il s’agit de mesquinerie ou de jalousie typiquement humaine. Si l’on excepte les Etats-Unis (mais ai-je raison?), où devenir riche est vu comme qqe chose de positif, les milliardaires n’ont plus particulièrement la cote, dans bon nombre de pays.
J’ai trouvé la seconde partie moins intéressante, elle semble retomber dans les manies qui m’avaient agacée dans le livre précédent avec des descriptions inutiles. Cela étant dit, c’est une réflexions que je me fais presque à chaque fois que je lis un livre récent, où je trouve de longs passages inutiles que j’aurais éliminés (fait-on cela pour en donner plus pour son argent au lecteur ?). J’ai plus particulièrement apprécié qu’elle se moque gentiment des activistes et des milliardaires avec une certaine légèreté. Elle soulève en outre des questions essentielles sur le type de monde que nous sommes en train de construire (ou de subir). J’ai trouvé la fin décevante, mais cela est également assez souvent le cas depuis un bon moment pour la plupart des livres que je lis (ou des séries télé que je regarde).
Le livre sera sans doute traduit bientôt en français, mais pour ceux qui lisent un peu l’anglais, il se lit assez bien. Je l’ai lu en une semaine lorsque j’étais à Pohara.