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photo: Tahunanui, la veille du passage du cyclone Vayuna, depuis « The Boat House », la meilleure vue sur la mer en ville.
Une ancienne collègue me disait il y a quelque temps qu’elle n’aimait pas la retraite parce qu’elle n’avait aucune structure dans ses journées, au point où, pour éviter le sentiment de chaos qu’elle éprouvait, elle a recommencé à travailler. Je ne sais pas si je suis naturellement “structurée” ou non. La vie, mes études, mon travail, mes circonstances personnelles m’ont forcée à l’être et depuis que je n’ai plus à être à un endroit à une certaine heure, ma vie me semble encore “structurée”, bien que différemment. L’opposition soleil/pas soleil/soleil avec vent/soleil sans vent/pas soleil chaud/pas soleil froid est devenue importante. Le soleil avec vent pour sécher les vêtements dehors, le soleil sans vent pour les baignades (surtout en hiver), pas de soleil pour l’exercice en général (l’été), pas de soleil froid pour l’exercice vigoureux. Toutes ces décisions sont prises en fonction de la température et le reste s’organise à l’avenant. Il y a également des décisions qui sont prises en fonction de la possibilité de prendre des photos. Il y a quelques jours (photo d’aujourd’hui), il me semblait très important d’aller prendre un verre de vin à l’heure du coucher de soleil pour saisir le ciel la veille du cyclone Viyuna.
photo: Dennes Hole, rivière Matai, Nelson. Apprendre à contextualiser les petits irritants de la vie
La journée commence avec un doigt coincé dans la fermeture éclair, une pensée qui refuse d’aboutir, du sable dans la chaussure que je remarque une fois lacée. Puis la lumière d’automne fait son travail, elle répand son or sur la plage comme si de rien n’était. Et là, sans que je m’en rende compte, lorsque la lumière touche mon visage, l’irritation du café trop fort, du rendez-vous remis, disparaît dans le calme de la lumière lavée par le sel et la générosité silencieuse du jour. Le sabotage mesquin de ma joie par les petits agacements quotidiens reprend sa juste place, dans la case des petits tracas qui ne méritent pas de gâcher ma journée.
photo : Pohara, un banc public invite à la rêverie
De la manière de passer le temps : on s’asseoit à la table d’un café, on observe les clients, on espionne un peu leurs conversations, qui nous dirigent dans toutes sortes de directions inattendues, on leur invente une vie, ou bien on s’asseoit sur un banc public et on essaie de trouver à quel endroit la mer rejoint le ciel.
Les perles de sagesse nous sont parfois envoyées au moment et aux endroits les plus inattendus. Pour preuve, alors que LG* doit subir une chirurgie à l’hôpital, que nous sommes un peu tristounets et inquiets, dans la salle commune un peu triste, et que nous regardons les infos du soir (tout aussi tristes), un homme vient s’asseoir près de nous et engage la conversation avec LG, qui va comme suit:
LG: Qu’est-ce qui vous amène ici?
L’homme : J’ étais en vacances dans le Nord. L’autre matin, je me suis réveillé terrassé. On m’a amené ici. J’ai un cancer incurable du poumon, il me reste six mois à vivre.
LG: C’est une nouvelle terrible pour vous.
L’homme : J’ai 86 ans, j’ai eu une bonne vie, je suis prêt à passer le flambeau.
Et un long silence plein de sagesse s’en est suivi.
photo : on pense être arrivé au bout du monde et puis on aperçoit cela, Takile, Pérou, lac Titicaca
La pub parlait fort, au milieu de ce petit sentier, tandis que la route se brouillait devant mes yeux qui tentaient de rattraper le silence que j’étais venue chercher, d’écraser le brouhaha auquel je participais autant que les autres étais-je forcée de reconnaître. Il fallait néanmoins emprisonner cette pensée sur la pellicule et j’y reviendrais, un jour ou l’autre, je me rappellerais les lettres blanches sur le rouge, le silence et l’émoi de ce moment-là.
My poetic journey through words and image/ Mon journal poetique a travers les mots et les images