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Impressions de lecture (2) : Woolf Hall (Hilary Mantel)

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Je me suis d’abord familiarisée avec Wolf Hall, grâce à la télésérie du même nom, que la BBC a produite et qui était à la télé, lorsque j’étais en Grande-Bretagne en 2014. J’ai beaucoup aimé la série, qui a par ailleurs reçue de très bonnes critiques. Cela était sans doute dû au grand talent de l’acteur Mark Rylance, au script écrit par Hilary Mantle, qui avait d’ailleurs promis une série qui ne diluerait pas le contenu de cette brique de six cent cinquante pages. Quant à moi, j’ai beaucoup aimé la série et, lorsque j’ai lu le livre qui traite principalement de Thomas Cromwell (Mark Rylance) et de sa relation avec Henri VIII (Damian Lewis), j’avais en tête la brillante personnification qu’en a présenté l’acteur. Au début du livre, je me disais que c’était une bonne chose d’avoir d’abord vu la série, car je ne connaissais pas très bien cette période de l’histoire anglaise et le fait d’avoir vu la séire me permettait de mieux visualiser l’époque. Après quelques centaines de pages, cependant, j’ai conclu une fois de plus, que le livre était malgré tout, bien meilleur que la série. Je ne suis habituellement pas très attirée par les romans historiques. Le grand talent de Mantle réside cependant, à mon avis, dans la capacité qu’elle a, non seulement de recréer une époque, mais aussi d’entraîner le lecteur dans sa psyché, et c’est là que Hilary Mantle excelle. A travers les péripéties de ce fils de forgeron, battu par son père, qui s’est hissé dans les plus hautes sphères du pouvoir de cette époque et a joué un rôle dans une des périodes historiques les plus importantes dans l’histoire d’Angleterre, elle réussit à imaginer comment l’on pensait, à la mort, à la maladie, au sexe et au pouvoir. On ne s’étonnera donc pas qu’elle soit la première (et la seule, je crois) à avoir gagné le Man Booker pour ce livre magnifique (pas facile à lire en anglais, cependant), ainsi que le second volume.

Les Luminaires

Je voulais aimer Les luminaires d’Eleanor Catton, qui a gagné le Man Booker Prize 2013, un des prix les plus prestigieux de la littérature anglo-saxonne. J’avais de bonnes et de moins bonnes raisons. Parce que j’ai toujours aimé les Booker que j’ai lus. Parce que j’ai aimé le premier Booker néo-zélandais, The Bone People (Keri Hulme), et que j’ai également aimé Mr Pipp, de Lloyd Jones, un autre Néo-Zélandais (qui a presque gagné il y a quelques années et dont on a tiré un film). Parce qu’on y parle de l’histoire néo-zélandaise et de la Côte Ouest, une région que j’adore. Parce que Catton est jeune, parce que son père enseignait à l’Université de Canterbury, parce que sa soeur a suivi l’un de mes cours il y a quelques années. Je voulais donc aimer ce livre, en dépit du fait que je n’avais pas été impressionnée par  les interviews qu’elle avait accordées dans les medias. Lire huit cent dix-huit pages en anglais me rebutait un peu, mais j’ai lu Doris Lessing et d’autres auteurs qui rédigent des briques. Après une soixantaine de pages, je me suis dit que c’était bien écrit, et après trois cents pages de lecture, je croyais que le livre allait peut-être quelque part. Mais  après de nombreuses soirées où je m’endormais après avoir lu une dizaine de pages à la fois , j’ai  dû conclure que  ce livre ne m’avait pas du tout plu. J’ai ensuite lu la critique du Guardian, croyant que j’avais peut-être raté quelque chose, mais  les raisons que le critique y donne pour aimer le livre étaient les mêmes qui faisaient que je ne l’aimais pas. D’abord, le choix du style dix-neuvième, contre lequel je n’ai rien, a priori, n’apportait rien à l’histoire, me semblait-il. Ensuite, ce que le critique du Guardian  appelle les stage directions, m’ont profondément ennuyées. En lisant le livre, j’avais l’impression de lire un scénario pour une série télé contenant, justement, tous les petits détails : la couleur de la robe, sa longueur, les broderies, la manière dont  le personnage fume la pipe à répétition, etc. Catton a indéniablement fait des recherches sur la ruée vers l’or et l’histoire néo-zélandaise de cette période, mais j’ai souvent eu l’impression de lire un compte rendu de recherche plutôt qu’un roman, comme si Catton voulait à tout prix inclure tout ce qu’elle a découvert sur le sujet et que la recherche n’avait pas été digérée.   Mais ce que j’ai encore moins aimé, est la manière dont  les personnages ne sont pas incarnés (ce que le critique du Guardian aime).

J’ai toujours trouvé que les films tirés des livres que j’ai lus sont invariablement moins bons que le livre. Dans le cas des Luminaires, je crois malheureusement, que le film sera meilleur que le livre. Je suis consciente cependant de me situer dans la minorité des lecteurs insatisfaits, puisque le livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires.