Impressions de lecture (7) : Hilary Mantel


 

J’ai lu avec au moins autant de Plaisir la suite de Woolf Hall (Le Conseiller : dans l’ombre des Tudor), Bring up the Bodies (Le Conseiller : Le pouvoir en français)  d’Hilary Mantel. Ainsi que je l’ai déjà évoqué dans un billet précédent, je n’aime pas particulièrement les romans historiques (celui-ci se penche sur  L’Angleterre du seizième siècle et surtout sur Thomas Cromwell, le conseiller d’Henri VIII), surtout qu’il s’agit d’une période de l’histoire anglaise que je ne connais pas très bien. Après avoir vu (une partie de) la série à la BBC lorsque j’étais en Grande-Bretagne, j’ai eu envie de lire le livre. Il m’a été utile de voir d’abord la série, parce que les liens entre les personnages sont complexes et l’écriture de Mantel n’est pas facile à lire, surtout pour un non-natif.  Même en traduction française, des lecteurs ont noté qu’il s’agit d’une lecture exigeante (mais l’effort en vaut la peine).  Je crois préférer le second livre au premier, car dans le premier livre, il s’agissait plus ou moins de mettre tous les personnages en place pour qu’ils jouent leur rôle et cela rendait la encore plus lecture difficile (du moins pour moi). Dans le second, peut-être en raison du grand succès que Mantel a obtenu avec le premier (Booker prize), on a l’impression qu’elle  laisse son Cromwell vivre, tel qu’elle l’a imaginé. On sent la grande affection qu’elle a pour son personnage et son génie consiste à donner l’impression au lecteur qu’il est dans la tête de Cromwell et peut en quelque sorte, espionner l’intellect d’un homme du XVIe siècle. Mantel a tellement de talent qu’on finit presque par se laisser prendre par la « logique » de Cromwell, les raisons qu’il se donne pour « devoir » se débarrasser de l’un ou de l’autre, mais surtout  d’Anne Boleyn pour qu’Henri VIII puisse avoir un héritier mâle. Cromwell réfléchit de plus en plus souvent à son passé, tandis que  les aristocrates  lui reprochent  de plus en plus souvent d’être un fils de forgeron. On découvre qu’il n’a pas pardonné le traitement qu’on a fait subir à son cher Wolsey et  Mantel suggère que Cromwell avait des idées progressistes pour son époque et ne voyait pas l’utilité de la guerre, entre autres choses. Bref, presque sympathique. A travers ses personnages, Mantel nous livre également la perception qu’on avait des femmes et du sexe à cette époque. Elle ne prétend surtout  pas s’en être tenue aux faits et nous prévient que c’est « son » Cromwell  qu’elle nous présente, consciente que d’autres auteurs ont traité le personnage bien différemment. Je n’ai pas fait de recherche approfondie sur Cromwell, mais il est vrai que les autres portraits que j’ai lus étaient peu  flatteurs. Je préfère  de loin le portrait multidimensionnel que Mantel nous en fait dans un style très maîtrisé, qui explique sans doute qu’elle fait partie du petit groupe d’auteurs très privilégiés ayant reçu  un deuxième Booker pour son Cromwell.

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