Les Luminaires


Je voulais aimer Les luminaires d’Eleanor Catton, qui a gagné le Man Booker Prize 2013, un des prix les plus prestigieux de la littérature anglo-saxonne. J’avais de bonnes et de moins bonnes raisons. Parce que j’ai toujours aimé les Booker que j’ai lus. Parce que j’ai aimé le premier Booker néo-zélandais, The Bone People (Keri Hulme), et que j’ai également aimé Mr Pipp, de Lloyd Jones, un autre Néo-Zélandais (qui a presque gagné il y a quelques années et dont on a tiré un film). Parce qu’on y parle de l’histoire néo-zélandaise et de la Côte Ouest, une région que j’adore. Parce que Catton est jeune, parce que son père enseignait à l’Université de Canterbury, parce que sa soeur a suivi l’un de mes cours il y a quelques années. Je voulais donc aimer ce livre, en dépit du fait que je n’avais pas été impressionnée par  les interviews qu’elle avait accordées dans les medias. Lire huit cent dix-huit pages en anglais me rebutait un peu, mais j’ai lu Doris Lessing et d’autres auteurs qui rédigent des briques. Après une soixantaine de pages, je me suis dit que c’était bien écrit, et après trois cents pages de lecture, je croyais que le livre allait peut-être quelque part. Mais  après de nombreuses soirées où je m’endormais après avoir lu une dizaine de pages à la fois , j’ai  dû conclure que  ce livre ne m’avait pas du tout plu. J’ai ensuite lu la critique du Guardian, croyant que j’avais peut-être raté quelque chose, mais  les raisons que le critique y donne pour aimer le livre étaient les mêmes qui faisaient que je ne l’aimais pas. D’abord, le choix du style dix-neuvième, contre lequel je n’ai rien, a priori, n’apportait rien à l’histoire, me semblait-il. Ensuite, ce que le critique du Guardian  appelle les stage directions, m’ont profondément ennuyées. En lisant le livre, j’avais l’impression de lire un scénario pour une série télé contenant, justement, tous les petits détails : la couleur de la robe, sa longueur, les broderies, la manière dont  le personnage fume la pipe à répétition, etc. Catton a indéniablement fait des recherches sur la ruée vers l’or et l’histoire néo-zélandaise de cette période, mais j’ai souvent eu l’impression de lire un compte rendu de recherche plutôt qu’un roman, comme si Catton voulait à tout prix inclure tout ce qu’elle a découvert sur le sujet et que la recherche n’avait pas été digérée.   Mais ce que j’ai encore moins aimé, est la manière dont  les personnages ne sont pas incarnés (ce que le critique du Guardian aime).

J’ai toujours trouvé que les films tirés des livres que j’ai lus sont invariablement moins bons que le livre. Dans le cas des Luminaires, je crois malheureusement, que le film sera meilleur que le livre. Je suis consciente cependant de me situer dans la minorité des lecteurs insatisfaits, puisque le livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

18 réflexions sur « Les Luminaires »

  1. Les minorités de lecteurs (que ce soient pour avoir aimé ou le contraire) sont toujours intéressants à entendre, alors merci pour ce retour de lecture. J’attendais que le roman sorte en édition de poche pour peut-être le lire, parce qu’en effet, il a eu de bonnes critiques. Ce que tu en dis me rends à la fois curieuse de voir ce que j’en penserais et en même temps moins emballée qu’auparavant pour consacrer du temps à gros livre.

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  2. Bonjour Syvie, J’ai un souhait à formuler. Tu n’es pas obligée de le prendre en compte. Tu fais, fera comme tu le sens. Il me manque un Calendrier. C’est très pratique pour la navigation, à la recherche des articles. Pour t’en rendre compte, vas sur le mien et regarde. Il vaut mieux que tu observes, après…
    Après un sourire m’ira très bien.

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  3. J’aime bien ta façon de raconter ton rapport au livre, car c’est cela le plus important , comment le lecteur reçoit le livre. La plupart des critiques ont une approche ‘littéraire’, conventionnelle, on est devant un produit qui doit se vendre et souvent il y a collusion entre media et maison d’édition . Certains auteurs sont plébiscités par des millions de lecteurs alors que leur écriture est inconsistante (dans le sens où ça ne laisse pas de souvenirs ni d’émotions impérissables).

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  4. Je trouve ton commentaire sur ce livre tout à fait intéressant à lire. Tu y transmets quelque chose de très humain, un désir personnel d’être emmenée quelque part ailleurs que dans la tête et le bien-écrit. Voilà mon impression… de ton impression… Bref, j’ai aimé lire cet article, qui se rapproche plus à mon sens d’une chronique éditoriale – où l’on sent battre un coeur – que d’une critique, et qui n’en devient pour moi que plus fascinant.

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  5. Bonjour Sylvie j’adore vos billets. Je viens de finir de lire les 4 tomes de « L’amie géniale » d’Elena Ferrante, en Italie un vrai cas littéraire et je me demandais si vous l’avez lu…j’aimerais beaucoup avoir votre avis. Merci encore pour votre belle écriture!

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    1. Merci Silvia, c’est gentil. J’ai lu un article a son sujet recemment et le fait qu’elle refuse de faire la promotion de ses livres (du moins c’est ce que l’article affirme) a tout pour me plaire. Je ne l’ai pas encore lue, mais elle est sur ma liste 🙂

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