Archives de catégorie : prose

Sinon l’enfance…

PS_20150214001320

En regardant cette dictée*, parfaite, je remarque surtout la beauté de sa calligraphie, qui symbolise toute la magie  de l’enfance. Pendant qu’on s’applique à maîtriser  tous les détours et les aspérités de la calligraphie, il se passe autre chose, mais quoi   ? Le vers de Saint-John Perse me revient en mémoire :

Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus?

Eloges (1911)

* La dictée est une gracieuseté de Viggo.

Les bancs publics

bancpublic3

Le banc public invite à la conversation, à la contemplation, à la réflexion, à la méditation. C’est la raison pour laquelle je l’utilise pour illustrer mon blogue. Dans plusieurs villes ou villages où j’ai vécu au cours des derniers mois, le banc public remplit en outre une fonction commémorative : on y trouve des plaques   mentionnant comment un tel aimait venir s’y asseoir pour profiter de la vue.  Parfois on ajoute qu’un autre était loyal ou  fidèle. On y laisse parfois des fleurs.

Ici, à Swansea, certaines plaques sont particulièrement touchantes. Plus qu’une simple mention, ces plaques racontent comment  un être cher, un fils peut-être, n’est plus. On souligne à quel point il  était aimé de tous et on décrit   l’incompréhension dans laquelle sa perte a laissé ses  proches, la douleur quotidienne et durable que sa disparition a causée.

Les bancs publics, je les aime tous : ils  représentent à mes yeux un beau signe d’humanité.

Deux valises

tracesdanslesable20

La vie peut être contenue dans deux valises. C’est ce que je fais depuis plusieurs mois maintenant. Ma vie n’a jamais été dominée par la consommation, mais sur la route,  la consommation a encore moins de place. A chaque fois qu’un objet quelconque me fait envie, je le rejette : trop lourd ou trop de volume. Au résultat, la vie est simplifiée et moins encombrée mais de nouvelles questions voient le jour : de quoi a-t-on vraiment besoin ? Probablement de peu  de choses. Néanmoins, au fil des mois qui passent, il est une chose qui commence à me manquer un peu : un petit chez moi, un petit refuge où je sais que je pourrai toujours aller poser mes valises lorsqu’elles deviendront trop lourdes poser le coquillage, le caillou que j’aurai trouvés sur la plage.

Gwelan*

gwelan3

Hier, mon  voisin m’a demandé  si les goélands me dérangeaient. Il est vrai qu’ils sont bruyants  et quelquefois agressifs. Moi, j’aime assez leur débrouillardise et  leur adaptabilité. Cela ne m’ennuie pas qu’ils viennent voler de la nourriture aux terrasses des cafés et je prends plaisir à les voir jeter du haut des airs un coquillage qui finira bien par s’ouvrir.  Rien n’est perdu au pays des goélands : ils se prélassent dans les flaques d’eau réchauffées par le soleil et se laissent porter, les ailes déployées, les jours de grand vent. Ils sont moqueurs et grégaires, bref je peux les regarder sans me lasser pendant de longs moments. Cela  ne m’ennuie aucunement d’être réveillée par leurs railleries matinales.

Bien sûr, ce n’est pas ce que j’ai dit à mon voisin. Je ne suis pas certaine qu’ils aurait compris mon engouement pour ces charognards espiègles.

* « goéland » vient du breton

Un bateau, un port

PS_20141218041047

A Tenby, où j’ai la chance de vivre jusqu’à la fin de janvier, on a le choix de trois plages : la plage du nord, la plage du sud et la plage du château. La plage du sud, exposée aux vents, est spectaculaire, change de couleur constamment et  plus exposée aux vents d’ouest, elle ne manque pas d’attirer l’attention. La plage du château est plus petite et entourée  d’immenses murs de pierre. La plage du nord abrite un petit port, où les bateaux sont nonchalamment ancrés entre deux marées. C’est là que mon petit refuge se situe. Je ne saurais choisir entre les trois plages qui ont toutes leur charme, mais la population locale a des idées bien arrêtées sur le sujet. C’est ainsi qu’une connaissance me confie, un peu sur le ton de la confidence, qu’il est préférable de vivre sur la plage du nord, qui est bien plus belle et surplombe un « port commercial » (working port).  Cet aveu me laisse  un peu perplexe, car je n’ai jamais cru que la petite plage où les bateaux sont ancrés sans grande conviction était un port actif.

Le lendemain, je prends la décision d’identifier l’action portuaire et je me plonge dans l’observation du va-et-vient associé au port. Il me faut un peu de temps pour y arriver, mais je finis par le voir, le petit bateau bleu, blanc, rouge. Deux hommes s’en sont approchés lentement en pneumatique et les voilà maintenant qui s’éloignent du rivage d’environ trois cents mètres avant de s’ancrer à nouveau. Ils y sont restés jusqu’à la tombée du jour, puis ils ont fait le chemin inverse.

Cet homme avait bien raison et moi je n’avais rien vu.