Archives de catégorie : prose

Le corps a ses saisons…

cabbagetree2M’échapper de l’hiver britannique en février (bien qu’il ait été particulièrement doux cette année) pour aller en Espagne  été salutaire. Mon corps se gorgeait du soleil et ne se rebiffait pas trop contre les températures un peu plus basses que la normale à cette époque de l’année. Le choc de l’arrivée au Québec en mars, dans un printemps qui refusait d’arriver, a été un peu plus difficile. La pensée de rentrer en Nouvelle-Zélande en avril créait cependant une sensation de bien-être, alors que la température se situe toujours autour des 20 degrés dans un automne plutôt doux. Mais ce sera  l’hiver à nouveau, en juillet et mon corps se révolte et réclame un été, qu’il n’a pas eu depuis janvier 2014. Je ne peux plus le duper et lui demander d’attendre jusqu’en janvier 2016.

Sur la route

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Le voyage promettait d’être un peu long, à cause de la circulation (environ trois heures) et ennuyeux, à cause de l’autoroute. Le conducteur le sachant essayait de bavarder avec quiconque était assez près de lui ou ayant la voix assez forte pour couvrir le bruit du moteur. Après quelques ratés, la dame devant moi se lance et on apprend qu’il a fait plusieurs métiers avant d’être conducteur d’autocar. Il a été notamment militaire et il a également travaillé pour une compagnie aérienne. Il a une opinion sur beaucoup de sujets et mentionne d’autres choses qu’il a faites. La dame, impressionnée par ses expériences, suggère qu’il devrait écrire un livre sur sa vie et il lui répond  qu’il en a déjà écrit un et que c’est de la poésie, qu’il a publié lui-même. Il n’est pas avare d’explications sur les sujets qui l’inspirent et le processus de création : ses poèmes lui viennent souvent lorsqu’il conduit le bus. Et au moment où il dit cela, tout à coup, un magnifique soleil d’hiver se couche à l’horizon et le voyage qui promettait d’être long et ennuyeux se transforme en un beau moment, grâce à un conducteur de bus un peu plus bavard que les autres.

Lentilles

mojacar3J’ai presque toujours avec moi  mon petit appareil photo pas très compliqué pour saisir les images,  qui vont ensuite s’enrichir  de mots (ou bien l’inverse) pour saisir la poésie du quotidien, ainsi que l’indique la description de mon blog . Je dois souvent renoncer à prendre une photo en raison des limites de mon appareil. Je n’arrive pas, par exemple, à saisir la vue magnifique de Mojácar ou  la lumière scintillant sur la mer aujourd’hui.  J’hésite malgré tout à m’armer d’un appareil plus complexe car je ne sais  si j’arriverai à conserver la spontanéité  que mon petit appareil me laisse, mais je dois accepter, ce faisant, que je n’arriverai pas à prendre toutes les photos dont j’ai envie. Je m’en accommode assez bien car je ne suis pas photographe professionnelle.

Ces limites de ma lentille ne font cependant qu’augmenter mon admiration pour   la merveilleuse lentille qu’est l’oeil (miroir de l’âme de surcroît), qui arriver à éliminer tout ce qui peut venir « gâcher » une photo, pour se concentrer sur la beauté qu’il a aperçue.

Chaque fois que je vois quelque chose que je n’arrive pas à prendre en photo, au lieu d’être déçue, j’ai tendance à être  émerveillée par la complexité de ces  lentilles qui saisissent les couleurs, la distance, la profondeur et les détails, sans que je m’en rende compte.

Chez Luz

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Chercher un appartement pour quelques jours ou quelques semaines m’oblige à faire la liste de ce qui est le plus important (outre le coût, il va sans dire), qu’il s’agisse de la proximité des transports en commun ou de ce dont j’ai besoin dans l’appartement.

Ceux qui louent ces appartements ont bien compris ces besoins et font en sorte qu’ils soient comblés. Au résultat, l’appartement est généralement pratique mais presque toujours sans âme.

Pour mon court séjour à Granada, par distraction ou  fatigue, je me suis contentée de vérifier le lieu  et de demander à Luz, qui loue l’appartement, s’il est loin du centre-ville, où le bus va me déposer. Elle me répond que c’est tout près et j’oublie tout. Quelques jours avant mon arrivée, j’entre à nouveau en contact avec Luz pour en savoir un peu plus et elle me dit alors que je dois prendre un taxi. Elle m’envoie une longue liste de directions à suivre. Il est trop tard pour louer un autre appartement et je m’inquiète un peu. Je dis à Luz que le conducteur l’appellera pour savoir comment se rendre chez elle. Elle viendra à ma rencontre, « près de l’église ».

Le jour j venu, le taxi s’engage dans un dédale de petites rues et quelques minutes plus tard, il s’arrête près d’une église où Luz m’attend, souriante.

Son appartement n’est pas comme les autres. Il y manque de petites chose et quelquefois il faut de l’imagination pour comprendre comment ceci ou cela fonctionne. Mais il est lumineux et les murs sont couverts de tableaux qui contrastent agréablement avec les petits « cadres » que l’on met habituellement aux murs des appartements de location de courte durée.

D’ailleurs, c’est Luz qui est le modèle de la plupart des peintures. Elle ne le dit pas ainsi, bien sûr, mais lorsque je lui dis que j’aime beaucoup les tableaux, elle me dit fièrement que c’est son mari qui les a peints et elle dirige discrètement son regard  vers  un tableau de femme.

Merci Luz !

Topographie de l’esprit

tracesdanslesable1Lors  d’un vol on a parfois de la chance : le ciel est clair et l’on voit avec clarté la topographie du lieu que l’on survole.  Lorsque cela arrive en Amérique du Nord, on aperçoit du ciel, le quadrillage des villes bien organisé autour des routes. En survolant l’Espagne, en route pour Alicante et Xàbia, il me semble que les villages sont nés d’abord et que les routes furent créées par la suite pour les relier les uns aux autres. Au résultat, vue du ciel, l’Espagne ressemble plus à une mosaïque qu’à un quadrilatère. Je ne peux m’empêcher de croire qu’à l’instar de la langue, qui filtre la manière de voir le monde, l’organisation géographique d’un lieu influence la façon de voir les choses. Comment ? Je n’en sais rien, mais l’idée de vivre dans différentes topographies de l’esprit,  quelles qu’elles soient, me plaît assez.