Archives de catégorie : prose

Traduire

J’ai eu envie de partager ma poésie avec ceux qui ne parlent pas le français peu après avoir ouvert ce blogue avec un lien allant vers une version anglaise. Je n’ai développé mon sens poétique en anglais que tardivement. Les deux langues sont si différentes quand il s’agit de poésie ! C’est en écoutant Richard Burton réciter les poèmes de Dylan Thomas que j’ai mieux compris le rythme de l’anglais. Mais les  mécanismes de la poésie sont si complexes que le processus de traduction  engendre inévitablement de nombreuses questions. Ainsi, lorsque j’ai écrit Amertume, l’écriture de ce poème était guidée par un jeu de mots fondé sur l’emploi de l’adjectif amer et du nom amertume. Amer , dans la première ligne, amer, tu , dans la deuxième, et amer, tu me, dans la troisième, car tu et me sont des pronoms en français. Je ne pouvais reproduire cela en anglais, mais en essayant de refaire le poème en anglais, amer, tu vois  tout faux, est devenu everything is wrong in your bitter eye. J’ai perdu le jeu de mot, mais j’y ai gagné une image forte entre bitter et eye. Quel que soit mon désir de fidélité, il faut que le poème « sonne » bien.  Cela est donc toujours difficile de traduire, mais ce processus a créé un espace de création unique qui augmente mon admiration pour les traducteurs et la tension entre rigueur et création dans laquelle ils se trouvent constamment et qui exige des qualités hors du commun.

Reveries (samedi)

moment9Lorsque j’ai accepté un poste en Nouvelle-Zélande (avant Skype), j’ai souffert intensément du mal du pays. J’ai mis du temps à me faire aux saisons inversées , à l’isolement, à vivre dans une autre langue. Mais c’était aussi la fin des longs hivers et  l’absence de lumière pendant de nombreux mois , la beauté du Pacifique.

Je me retrouve aujourd’hui dans la saison froide de l’hémisphère nord pour quelque temps et je me rends compte que ce retour vers soi qu’elle cause, cette envie de rester chez soi, d’attendre le printemps m’ont manqué. Tout comme la nature, l’esprit semble faire une pause pour  revenir vers l’essentiel.

Sur le canal

moment6Chercheure invitée dans une université à une heure trente de Londres, j’ai le loisir, libérée des tâches administrative, d’aller faire une promenade lorsque la température le permet, sur le canal  « Grand Union ». Les bateliers y font les réparations nécessaires pour l’hiver. Ils ont un chien ou un chat (qu’ils perdent parfois; ils laissent des photos  de l’animal sur les arbres dans l’espoir de le retrouver). Ils font un bon feu de bois qui sent bon sur la berge, et ils ne manquent jamais de saluer les promeneurs, qui les envient un peu .

Les canards, pour leur part, sont généralement contents.

Saint John Perse

Saint John Perse (1887-1975) est né dans les Antilles françaises où il a vécu jusqu’en 1899, avant d’aller vivre à Pau, en France. Il est plus tard devenu diplomate . Anti-Nazi, Il a dû fuir la France de Vichy en 1940.  Il a obtenu le prix Nobel de literature en 1960. Je lis sa poésie  avec un plaisir sans cesse   renouvelé.

Ce  site  lui est consacré.

‘… Syntaxe de l’éclair ! ô pur language de l’exil ! Lointaine est l’autre rive où le message s’illumine’

Saint-John Perse, Eloges suivi de La Gloire des Rois, Anabase, Exil, Paris, Gallimard, 1960, p.100.

Steles

stele14Je suis entrée en contact avec les stèles grâce à l’écrivain français Victor Segalen. Il a voyagé en Chine où il a vu d’étranges monuments se dressant dans le ciel. Il les a utilisés comme materiel  pour en faire sa propre interprétation. Voici ce qu’on en dit sur le site Stèles.

 « Les stèles sont des monuments restreints à une table de pierre, haut dressée, portant une inscription. Elles incrustent dans le ciel de Chine leurs fronts plats. On les heurte à l’improviste aux bords des routes [..]. Marquant un fait, une volonté, une présence, elles forcent à l’arrêt debout, face à leurs faces. »