Archives par mot-clé : relations humaines

Sur la route

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Le voyage promettait d’être un peu long, à cause de la circulation (environ trois heures) et ennuyeux, à cause de l’autoroute. Le conducteur le sachant essayait de bavarder avec quiconque était assez près de lui ou ayant la voix assez forte pour couvrir le bruit du moteur. Après quelques ratés, la dame devant moi se lance et on apprend qu’il a fait plusieurs métiers avant d’être conducteur d’autocar. Il a été notamment militaire et il a également travaillé pour une compagnie aérienne. Il a une opinion sur beaucoup de sujets et mentionne d’autres choses qu’il a faites. La dame, impressionnée par ses expériences, suggère qu’il devrait écrire un livre sur sa vie et il lui répond  qu’il en a déjà écrit un et que c’est de la poésie, qu’il a publié lui-même. Il n’est pas avare d’explications sur les sujets qui l’inspirent et le processus de création : ses poèmes lui viennent souvent lorsqu’il conduit le bus. Et au moment où il dit cela, tout à coup, un magnifique soleil d’hiver se couche à l’horizon et le voyage qui promettait d’être long et ennuyeux se transforme en un beau moment, grâce à un conducteur de bus un peu plus bavard que les autres.

Les bancs publics

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Le banc public invite à la conversation, à la contemplation, à la réflexion, à la méditation. C’est la raison pour laquelle je l’utilise pour illustrer mon blogue. Dans plusieurs villes ou villages où j’ai vécu au cours des derniers mois, le banc public remplit en outre une fonction commémorative : on y trouve des plaques   mentionnant comment un tel aimait venir s’y asseoir pour profiter de la vue.  Parfois on ajoute qu’un autre était loyal ou  fidèle. On y laisse parfois des fleurs.

Ici, à Swansea, certaines plaques sont particulièrement touchantes. Plus qu’une simple mention, ces plaques racontent comment  un être cher, un fils peut-être, n’est plus. On souligne à quel point il  était aimé de tous et on décrit   l’incompréhension dans laquelle sa perte a laissé ses  proches, la douleur quotidienne et durable que sa disparition a causée.

Les bancs publics, je les aime tous : ils  représentent à mes yeux un beau signe d’humanité.

Les souvenirs

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A Christchurch, j’avais l’habitude d’aller de temps en temps chez Momo, un restaurant japonais authentique, simple et sympa, où Yoshi, le propriétaire et le chef, accueillait chaleureusement ses habitués, avec sa femme Penny, une Australienne vivant en Nouvelle-Zélande  depuis de nombreuses années. Ils venaient discuter de leur mal du pays, des différences culturelles, de leur famille, d’une  manière unique. Je me souviens souvent en souriant, comment Yoshi devait aller fumer sa cigarette à intervalles réguliers.

Yoshi était un spécialiste de sushi, mais il savait également apprêter à la japonaise les ingrédients locaux. Mon plat préféré était le kumara au miel, composé de patates douces et de miel néo-zélandais, cuites sur le gril (je lui avais fait promettre de me donner un jour la recette).

Le 22 février 2011, la terre a tremblé à Christchurch et le restaurant de Yoshi a été rasé. Dans les semaines qui ont suivi, lorsque je passais devant le « restaurant »,  je  n’ai jamais douté que Yoshi et Penny reviendraient. Quelques semaines plus tard, un tsunami a frappé le Japon, et j’ai dès lors su que Yoshi et Penny ne reviendraient  pas.

Je me suis souvent demandé depuis si Yoshi et sa femme étaient en Australie, ailleurs en Nouvelle-Zélande, au Japon ou ailleurs. Chaque fois que je pense à ce couple sympathique, je suis toujours consciente que bien qu’ils soient vivants, quelque part, pour moi, ils n’existent plus que dans mes souvenirs et  ils  sont aussi vivants  dans ma mémoire qu’autrefois mais dans un pays de nulle part.