Je n’ai pas la fibre religieuse développée bien que j’aie grandi dans la culture catholique. J’ai cependant conservé une certaine affection pour les églises. J’aime la manière dont les communautés s’organisent autour d’elles, ainsi que la variété de leur manifestation : parfois imposantes, jusqu’à l’écrasement, parfois majestueuses ou bien toutes simples. Je les préfère petites, en pierre ou en bois. Elles invitent au silence, au recueillement. Je peux difficilement résister à la tentation d’y entrer, lorsque j’en trouve une sur ma route. Il m’arrive même d’y allumer des lampions, pour le seul plaisir de voir les flammes dans les petits pots de verre de différentes couleurs. Dommage que de nos jours, je me heurte presque toujours à une porte verouillée. Il me semble qu’en fermant leurs portes, les églises privent les communautés de moments de solitude et de recueillement qui feraient du bien à tous, quelles que soient leurs tendances religieuses ou autres.
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La boite d’honnetete
Sur les routes de Nouvelle-Zélande, comme dans de nombreux autres pays, on peut arrêter sa voiture au bord de la route, pour acheter des légumes, des fruits ou des fleurs. Ce que je n’ai jamais vu ailleurs (sauf en Grande-Bretagne où j’ai pu observer une version « livre » de ce phénomène) : il n’y a personne au comptoir. Seulement une indication du prix et ce que l’on appelle ici une « honesty box » dans laquelle on mettra l’argent demandé. La version plus près de chez moi est ce petit pot de verre, où j’adore mettre deux dollars, avant de prendre possession de mes dix citrons.
Le canard* solitaire
En empruntant le petit pont pour franchir la rivière, on peut observer quotidiennement un couple de canards noirs qui va et vient, jamais loin l’un de l’autre, comme si un cordon invisible les liait l’un à l’autre. La rivière est de plus envahie par les canards canadiens qui, s’étant pris d’affection pour la Nouvelle-Zélande, envahissent l’espace sans faire attention aux autres habitants, qu’il s’agisse des hérons ou des martins-pêcheurs. . De nombreuses mouettes confondant la mer et la rivière (qui est une rivière à marées) s’y sont également installées.
Puis il y a le canard blanc, seul de son espèce. Il va et vient, lui aussi, toujours près du pont. Il vit dans l’indifférence génerale, parfois dans un soupçon d’hostilité, mais la plupart du temps, assez content d’être là, d’emprunter de temps à autres LA branche préférée de tous les volatiles pour faire sécher ses plumes. Et il me plaît de les regarder vivre, de mon poste d’observation.
*Tous les noms de volatiles de ce billet peuvent être librement échangés pour les mots hommes, femmes, humains.
Les Luminaires
Je voulais aimer Les luminaires d’Eleanor Catton, qui a gagné le Man Booker Prize 2013, un des prix les plus prestigieux de la littérature anglo-saxonne. J’avais de bonnes et de moins bonnes raisons. Parce que j’ai toujours aimé les Booker que j’ai lus. Parce que j’ai aimé le premier Booker néo-zélandais, The Bone People (Keri Hulme), et que j’ai également aimé Mr Pipp, de Lloyd Jones, un autre Néo-Zélandais (qui a presque gagné il y a quelques années et dont on a tiré un film). Parce qu’on y parle de l’histoire néo-zélandaise et de la Côte Ouest, une région que j’adore. Parce que Catton est jeune, parce que son père enseignait à l’Université de Canterbury, parce que sa soeur a suivi l’un de mes cours il y a quelques années. Je voulais donc aimer ce livre, en dépit du fait que je n’avais pas été impressionnée par les interviews qu’elle avait accordées dans les medias. Lire huit cent dix-huit pages en anglais me rebutait un peu, mais j’ai lu Doris Lessing et d’autres auteurs qui rédigent des briques. Après une soixantaine de pages, je me suis dit que c’était bien écrit, et après trois cents pages de lecture, je croyais que le livre allait peut-être quelque part. Mais après de nombreuses soirées où je m’endormais après avoir lu une dizaine de pages à la fois , j’ai dû conclure que ce livre ne m’avait pas du tout plu. J’ai ensuite lu la critique du Guardian, croyant que j’avais peut-être raté quelque chose, mais les raisons que le critique y donne pour aimer le livre étaient les mêmes qui faisaient que je ne l’aimais pas. D’abord, le choix du style dix-neuvième, contre lequel je n’ai rien, a priori, n’apportait rien à l’histoire, me semblait-il. Ensuite, ce que le critique du Guardian appelle les stage directions, m’ont profondément ennuyées. En lisant le livre, j’avais l’impression de lire un scénario pour une série télé contenant, justement, tous les petits détails : la couleur de la robe, sa longueur, les broderies, la manière dont le personnage fume la pipe à répétition, etc. Catton a indéniablement fait des recherches sur la ruée vers l’or et l’histoire néo-zélandaise de cette période, mais j’ai souvent eu l’impression de lire un compte rendu de recherche plutôt qu’un roman, comme si Catton voulait à tout prix inclure tout ce qu’elle a découvert sur le sujet et que la recherche n’avait pas été digérée. Mais ce que j’ai encore moins aimé, est la manière dont les personnages ne sont pas incarnés (ce que le critique du Guardian aime).
J’ai toujours trouvé que les films tirés des livres que j’ai lus sont invariablement moins bons que le livre. Dans le cas des Luminaires, je crois malheureusement, que le film sera meilleur que le livre. Je suis consciente cependant de me situer dans la minorité des lecteurs insatisfaits, puisque le livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires.



