Archives de catégorie : auteurs

Potins litteraires.

jardin botanique, Nelson, printemps 2021, Sylvie GE

Potins littéraires. J’ai reçu deux livres en cadeau, d’abord le dernier John Banville, April in Spain, dans lequel le personnage de Quirke, faisant partie de la série de fiction détective écrite par Banville sous le nom d’emprunt Benjamin Black, revient avec une nouvelle aventure en Espagne.  Les critiques sont bonnes de manière générale la parution de ce livre a donné lieu à un entretien avec l’auteur plutôt avare d’apparitions publiques. Il a dit que les écrivains sont des monstres  s’emparant de tout ce qui les entoure pour écrire (assez d’accord avec cela), et il persiste et signe encore une fois, n’importe quoi pour un bon paragraphe ! Il vit dans sa bulle à l’écart des controverses et des louanges à son égard, amoureux du silence créé par la pandémie. L’autre livre, commandé, mais pas encore arrivé, le dernier Jonathan Franzen. J’avais beaucoup aimé Correction, mais n’avais plus rien lu de lui depuis. Lui aussi vit plus ou moins à l’écart du monde, vivement critiqué lorsqu’il avait refusé l’invitation d’Oprah Winfrey à son Book club (on le trouvait assez snob), qui lui aurait en fait rapporté beaucoup d’argent. Quant à moi, quelqu’un qui aime les oiseaux autant que lui ne peut-être entièrement mauvais. En ce moment je lis la plus récente parution de Patricia Lockwood, en nomination pour le Booker (j’ai obtenu le livre à la bibliothèque, un miracle en soi). Finalement, je n’ai aucune idée comment je suis tombée sur cette information à propos de Lionel Shriver, dont j’ai parlé à deux reprises sur ce blog (un livre critique du système de santé américain et un autre portant plus ou moins sur l’argent), que j’aime parfois, pour certaines raisons, et parfois pas du tout. En 2013, sa routine d’exercice était composée de 130 pompes, 500 sit-ups et de 3000 jumping jacks. C’est ainsi qu’elle a ruiné ses genoux entre autres choses. Je dois la remercier pour m’avoir fait voir ce qu’il ne faut pas faire.

Impessions de lecture

Ce que j’ai  découvert cette année est que l’impression que j’ai en lisant quelques paragraphes d’un livre varie grandement selon mon état d’esprit. Je croyais jusqu’à récemment  que la variation dans mes  réactions (souvent d’abord négatives, puis positives) venait de l’évolution de mes goûts littéraires (qui se raffinaient avec le temps), croyais-je, mais je me suis rendu compte  qu’il s’agit tout simplement de mon état d’esprit au moment où je lis quelques paragraphes d’un auteur que je connais peu ou pas (banal).

Toni Morrison. The bluest eyes (Les yeux bleus).  L’histoire d’une petite fille noire qui rêve d’avoir les yeux bleus, mais aussi l’histoire de toute une communauté. Publié en 1970, le premier roman de Morrison est un chef-d’œuvre, qui n’a pas pris une seule ride. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier roman, qu’elle maîtrise du début à la fin. A noter, le documentaire sur Netflix, sur l’autrice également récipiendaire du prix Nobel de littérature en 1993.

Anne Enright. The Actress (toujours pas publié en français je crois). Publié en 2020, le dernier livre de l’autrice irlandaise ne m’a pas apporté autant de joie que The Gathering et The Green Road (qui ne semblent pas avoir été traduits en français), gagnant du Man Booker. Dans son plus récent livre, elle raconte l’histoire de la fille d’une actrice qui revient sur la vie de sa mère et réfléchit à ce qu’elle a signifié pour elle. Elle écrit toujours aussi bien dans un livre qui contient des moments forts,  mais j’ai eu du mal à m’intéresser à ce sujet. Je trouve habituellement le contexte culturel irlandais très intéressant et, comme de nombreux auteurs irlandais, Enright maîtrise la plume, mais je préfère lorsqu’elle se plonge dans les histoires familiales, où elle semble trouver la profondeur de sa voix.

Hilary Mantel. The Mirror and the Light (pas encore traduit en français je crois). Troisième volet de la trilogie autour de la vie de Thomas Cromwell, publié en 2020 je croyais que ce livre qui m’a impressionnée davantage que les deux premiers serait non seulement  en lice pour le Booker de cette année, mais gagnerait pour la troisième  fois (ce qui aurait été du jamais vu). Cela ne s’est cependant pas matérialisé. J’ai lu ce troisième volet près avoir lu Giving up the ghost, publié en 2003, l’autobiographie de Mantel. Est-ce la raison pour laquelle  j’ai eu l’impression, en lisant son plus récent livre, d’avoir affaire à une medium, plutôt qu’à une écrivaine. On a vraiment l’impression d’être transporté dans la tête de Thomas Cromwell, et c’est là son plus grand talent. Je ne sais pas si elle maîtrise davantage son écriture et son personnage dans le troisième volet, ou si je l’apprécie davantage après avoir lu sa biographie. Quoi qu’il en soit, un travail de maître encore une fois. C’est cependant son écriture qui m’a fascinée cette fois-ci, plutôt que le personnage. Je dois d’ailleurs avouer qu’il y avait un peu trop de torture vers la fin, mais cela n’a en rien gâché mon plaisir.

Ian McEwan. Solar (pas encore traduit en français je crois). Il s’agit du second ou du troisième livre de McEwan que je lis, celui dont je me souviens est Atonement (Expiation, en français), devenu un film mettant en vedette Keira Knightley et James McAvoy (pas aussi bon que le livre) et Amsterdam (dont je me souviens vaguement). Selon The Guardian, McEwan se spécialise dans les personnages unidimensionnels, souvent des  scientifiques. Dans ce livre publié en 2010, l’auteur britannique se met dans la peau d’un homme qui a obtenu le Prix Nobel de physique à un jeune âge, ce qui lui sert de prétexte pour ne faire à peu près rien du reste de sa vie, sinon de courir les jupons, boire et manger. Il semble prendre plaisir à dépeindre une personnalité abjecte et grotesque, à décrire ses préoccupations de croustilles et d’alcool, bref, ce livre ne m’a pas particulièrement intéressé, bien que McEwan y démontre de façon convaincante  sa compréhension de la physique. Heureusement que j’ai acheté ce livre à la foire du livre d’occasion !

En bonne compagnie

Ronda, Avenida Poeta Rilke, novembre 2019, canon, Sylvie GE

J’ai lu il y a de cela bien longtemps, Les Elégies de Duino du poète Rainer Maria Rilke, considéré par certains comme le poète de langue allemande  le plus important du 20e siècle. Je fus donc surprise de trouver une avenue portant son nom à Ronda et en cherchant la raison sur Internet, j’ai appris que c’est à Ronda qu’il a guéri le blocage dont il souffrait après avoir écrit les deux premières élégies, tandis qu’il traversait une crise existencielle et spirituelle et qu’il  faisait un pèlerinage tourmenté en Espagne à la recherche de l’inspiration qui lui permettrait de terminer ses élégies. C’est à l’hôtel Reina de Victoria, où il pour admirer le Tajo que l’inspiration lui revint. Voilà que je me sens ici un peu plus chez moi ! 

Je comprends que la vue de ce paysage naturel magnifique, où les traces de l’humanité se sont fondues harmonieusement, ait pu débloquer son imagination. La seule chose qui m’intrigue est de savoir comment un « pauvre » poète (tous les poètes sont pauvres, non ?) ait pu se payer un séjour dans un hôtel de luxe. Quant à nous, il nous a fallu nous contenter d’un Airbnb modeste, ce qui ne nous d’ailleurs pas empêché d’adorer l’endroit. Le mélange des cultures, la grandeur naturelle du paysage, en a fait un endroit où règne une atmosphère particulière, qui malheureusement fait aujourd’hui le bonheur des influenceurs.

Abertawe

Abertawe (Swansea), janvier 2019, canon, Sylvie Ge

Il fait bon de passer quelques jours dans une ville qui proclame que l’on a besoin de la poésie. Abertawe (Swansea), le lieu de naissance de Dylan Thomas (oui, lui, encore une fois), dont il a dit qu’elle était  « a pretty ugly town » (un jeu de mots difficile à traduire en français, puisque « pretty » a le sens de « jolie » et de « assez », donc « assez laide » ou « jolie laide »), qui traduit admirablement bien ce que l’on ressent à Abertawe. La ville a été reconstruite en hâte après avoir été rasée pendant la seconde guerre mondiale, et cela se sent un peu partout. On peut tout de même avoir une idée de ce qu’elle a été grâce à quelques bâtiments et la trace indéniable de Dylan Thomas, qui y est né, et référencé un peu partout dans la ville : le Centre Dylan Thomas, le théâtre, les citations, etc., lui confère un charme indéniable, du moins à mes yeux. C’est sans compter la marina, le bord de mer et Mumbles, au début de ce que l’on appelle les Gowers, une série de baies, plus magnifiques les unes que les autres. Et une ville qui ne craint pas d’affirmer que le monde a besoin de poésie me fera toujours sentir la bienvenue.

Impressions de lecture : Virginie Despentes

Vernon Subutex (Virginie Despentes)Je ne lis pas beaucoup depuis plusieurs mois, car je suis en train de terminer Le Pays gris, mon roman sur la langue et l’identité et le temps me manque, mais j’avais envie de revenir sur un livre (en fait deux) de Virginie Despentes, que j’ai lu l’automne dernier.

Virginie Despentes a fait ses débuts d’écrivaine  avec Baise-moi, un livre que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu la version au cinéma, à Christchurch, au Festival du film, il y a de nombreuses années (mais je suis sortie avant la fin). Ce livre raconte l’histoire d’une jeune fille violée par trois hommes et sa vengeance (surtout). Virginie Despentes elle-même a été victime de viol dans sa jeunesse (mais au lieu de se sentir victime, elle a plutôt ressenti de la colère). Elle s’est prostituée pendant quelque temps, fait de la critique de films pornos et s’identifie comme lesbienne et féministe.

Vernon Subutex (attention, il y a des éléments de l’histoire dans cette critique) est sorti en 2015 (traduit en anglais) et fait partie d’une trilogie. J’ai lu le premier tome en anglais (une bonne traduction me semble-t-il)  et le second en français.  Il s’agit de l’histoire d’un disquaire qui  devient SDF  (tome 1) puis guru (plus ou moins, dans le tome 2), ainsi que des gens qui l’entourent. J’ai eu envie de lire le premier tome de Vernon Subutex, parce qu’on en parlait beaucoup et que Virginie Despentes polarise en France.

Dans les critiques françaises qui ont aimé, on souligne  son style (qu’on compare parfois à celui de Balzac) et l’authenticité des voix. Je suis assez d’accord avec ces critiques. J’ai plutôt  aimé la lecture du premier tome. Le rythme est vif et les personnages convaincants (sauf le délire final de Vernon Subutex). J’ai suffisamment aimé pour poursuivre avec la lecture du deuxième tome, où la densité se perd, les personnages sont moins convaincants, l’histoire traîne. L’épisode de la jeune fille qui « tatoue » celui qu’elle croit être responsable de la mort de sa mère ressemble un peu trop à la scène de The Girl with a golden tatoo pour me convaincre. Ceux qui n’ont pas aimé trouvait le fil de l’histoire un peu mince (je suis assez d’accord avec eux, mais là n’était pas la cible de Despentes, je crois) et n’aimaient pas  les personnages  animés par la haine et les luttes de pouvoir (et je suis assez d’accord avec eux également), ce qui est vrai mais correspond sans doute à une certaine humanité, sans doute loin d’être idéale mais peut-être davantage réaliste.  Les critiques de langue anglaise ont aimé  davantage,  peut-être parce  que pour une fois, on leur présente  autre chose que l’intelligentsia parisienne et une  France, qui correspond peut-être davantage à celle qu’ils connaissent . Et c’est peut-etre pour la même raison qu’une certaine intelligentsia parisienne n’a pas aimé le livre de Despentes. Peut-être aussi parce qu’elle y dépeint  des êtres humains plutôt ordinaires, du point de vue du caractère,  qui nous ressemblent peut-être un peu trop. Ce n’est sans doute pas le livre à lire pour ceux qui ont besoin de retrouver confiance dans l’humanité.  Le Irish Times a particulièrement aimé Vernon Subutex 1 et va même jusqu’à affirmer que Despentes  laisse Houellebecq loin derrière elle, ce qui est tout de même quelque chose, étant donné le prestige international de cet auteur.  Quant à moi, le  second tome m’a suffisamment déçue pour ne pas me donner envie de lire le troisième tout de suite, mais j´y reviendrai peut-être un jour ou l´autre.